Un souvenir d’enfance

lundi 3 décembre 2007
par  Nicole DUPUIS
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Je me souviens, comme si c’était hier, de ce matin d’été, ou je me suis perdue sur la longue plage lumineuse de Cayeux. J’avais 4 ou 5 ans.

« Tu portais une petite robe blanche » me disait hier encore ma mère, toujours sensible à la saveur d’un détail.
Je me revois, au bord d’un groupe d’enfants, avec mon grand seau bariolé, posé sur le sable, et mon regard errant, dans leurs bavardages rieurs.
Ils parlent de leurs cerfs –volants, de leur petite sœur qui dort, des crêpes au miel qu’ils ont mangées hier, de leur papa qui viendra peut-être.
Ils rêvent de la baignade de 3 heures. Des vagues nacrées dansent déjà dans leurs mots espiègles. Et je danse avec elles, sur le fil des joies immortelles de l’enfance.
« Tu t’éloignais toujours de nous. Tu t’asseyais à quelques mètres d’une famille, et tu pouvais rester là des heures, à regarder, à écouter » me disait mon père, tout confus de tendresse, au temps ou il avait encore accès aux souvenirs
Je me regarde, au bord du groupe, un peu à l’écart…. assez proche pour pouvoir glisser mes rêves sur l’aile furtive de leurs rêves, pour m’extasier de leurs châteaux de sable… mais assez éloignée, pour qu’ils ne me remarquent pas, et qu’ils ne me demandent rien… surtout pas d’amorcer un pas dans l’inconnu de leurs aventures, comme ça, sans prévenir, sans avoir eu le temps d’y penser.
Je me regarde, au bord du groupe, lovée dans l’heure suspendue, dans le nid du temps qui ne s’écoule plus . Et je retrouve cette petite fille que je continue d’emmener avec moi, depuis plus de 60 ans….un peu à la lisière des êtres et des choses, secrètement assoiffée du chant des autres, et souvent encombrée du sien, encore si balbutiant, si mal fagoté, dans ses accords incertains.
Je reconnais celle que je continue de tirer par la main, tiraillée entre le bruissement des activités du monde, et l’intemporalité du rêve, des peurs et des pourquois, de la quête du sens.
« On te cherchait partout ! Je pleurais, je criais, je croyais que tu t’étais noyée » me disait ma mère, hier encore.
Je me regarde, au bord du gouffre, les yeux noyés dans le tourbillon de cette foule indifférente, sur la plage brouillée, à perte de vue …
Je suis perdue.
Je ressens encore la douleur du naufrage, cette chute vertigineuse vers un abîme intérieur. Je ne sais plus qui je suis, ou je vais.
Je vois déjà s’étendre l’ombre noire de l’ultime solitude, de l’implacable séparation, de la folie peut-être, de la mort sans doute.
Je me regarde et je reconnais celle que je suis encore ….la petite fille qui a peur de perdre pour toujours les cailloux blancs du chemin…..celui qui mène à la douceur infinie des bras aimés, à la sécurité de l’oasis retrouvé .
Ne portons nous pas tous quelque part en nous, un petit enfant qui s’est un jour perdu sur une plage, et qui dérive, cahin-caha, entre la recherche de ce lointain paradis d’avant le naufrage, et le lent apprivoisement d’un certain vide en soi…, d’une inexorable absence ?
Nicole


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