Compagnon fortuit

Retour en Forez 5
mardi 13 août 2013
par  Paul MASSON
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Le 1er août, à 11h30, je surplombe l’église fortifiée de Marols. Devant moi, un petit village paisible dans un paysage ouvert, de champs, de bosquets, qui s’étale, et au loin, les monts du Lyonnais. Je m’apprête à casser la croûte, devant ce panorama serein, avec un compagnon de fortune qui a su m’apprivoiser.
Lorsqu’il a décidé de m’accompagner une petite heure auparavant, je ne souhaitais pas sa compagnie. J’ai d’abord fait mine de l’ignorer. Il a compris, n’a rien dit, n’a pas cherché à m’apitoyer, à obtenir une caresse, il a gardé ses distances. Peut-être connaissait-il les enseignements du Renard au Petit Prince. Au départ, il a marché, un peu en avant, sans me regarder, ses pas loin des miens, un peu comme s’il était sur le chemin par hasard. Puis, de temps en temps, il se retournait, mine de rien, un coup d’œil pour voir si j’étais toujours là. Quand j’ai bifurqué pour un plus petit chemin de terre, il n’a rien dit, mais a changé de direction lui aussi pour ce même petit chemin qui semblait parfaitement lui convenir. J’ai fini par le regarder. J’ai constaté, à sa démarche, que son train arrière était handicapé. Ses hanches gênaient sa démarche mais lui semblait ne pas s’en soucier. J’ai vu ensuite sa langue pendante et son halètement sous la chaleur et j’ai commencé à me faire du souci. Le chemin que nous suivions descendait fortement et j’étais disposé à faire une longue boucle. Mon compagnon handicapé, peut-être âgé, serait-il en mesure de rentrer seul ? Alors, j’ai commencé à lui parler pour lui faire part de mes inquiétudes. Je lui ai suggéré qu’il serait peut-être plus sage de sa part de faire demi-tour. Il a fait comme s’il n’avait rien entendu et a continué à me suivre.
Lorsque je suis arrivé au dessus de Marols, je me suis assis pour contempler le paysage, prendre une ou deux photos, noter quelques impressions sur mon carnet. Il est resté là, pas très loin de moi. A un moment, il m’a fait signe que maintenant nous pourrions repartir. J’ai fait comme si je n’avais rien vu. Alors, il a joué un peu avec un bout de bois puis s’est couché sur le chemin, à l’ombre .
Lorsque j’ai sorti mon casse-croûte, il s’est approché. Je lui ai dit avec autorité que ce n’était pas pour lui. J’ai d’abord mangé un fond de riz avec des tomates, puis j’ai défait l’emballage du saucisson. Il s’est rapproché d’avantage. J’ai redit que ce n’était pas pour lui. Il n’a pas insisté, mais ses yeux brillaient en regardant ce morceau de saucisson, gras à souhait et qui sentait bon la campagne. J’étais gêné de manger en pingre, je lui en ai donné un bout, la partie la plus grasse. Il l’a prise poliment, délicatement dans ma main. Il n’a pas dit merci mais a manifesté du savoir-vivre. Aussi, nous avons terminé le repas ensemble ; mais j’ai mangé plus que lui, choisi les meilleurs morceaux et... gêné de ne pas partager en frère, j’ai activé la fin de mon repas,..

Nous sommes ensuite descendus ensemble dans le village. Là, d’une manière implicite, nous avons convenu de faire la visite séparément. Quand nous nous croisions, nous échangions un regard et continuions seuls notre circuit. Puis, j’ai quitté Marols un peu insatisfait de cette relation qui finissait en queue de poisson, sans "au revoir".

Dans l’après-midi, quand je suis repassé devant la maison où j’avais rencontré mon compagnon, j’ai interrogé la locataire :
"Est-ce que votre chien est revenu ?"
La dame m’a alors appris que ce n’était pas son chien, mais un chien errant qui venait souvent leur rendre visite à elle et son mari. Elle a ajouté : "Il est attachant. Je l’aurais volontiers adopté mais j’en ai déjà deux, dont une, une vraie peste. Alors, ça ne pourra jamais faire"
Après cette révélation, j’ai encore plus regretté de ne pas avoir d’avantage partagé mon repas, d’autant plus qu’il me restait un morceau de pain qui allait sécher.


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