L’affaire du siècle !

dimanche 6 janvier 2019
par  Christian LEJOSNE
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Ça revient chaque année à pareille époque, comme si ça voulait nous narguer. Le temps passe, passe, passe, aussi discret qu’un bouton au milieu du nez. Une moquerie dérisoire. Bonne-année-bonne-santé-mes-étrennes-s’il-vous-plaît ! Le Nouvel An n’est pas seul en cause. D’autres événements du même acabit viennent lui prêter main forte : le joli mois de mai, la saison des moissons ou des vendanges (quoique pour celles-là, un nombre croissant d’urbains semble en a perdu la notion), la Saint Valentin, la fête des pères, des mères et des grands-mères, Noël et Halloween, les anniversaires que l’on souhaite et ceux que l’on préférerait oublier, le courrier du percepteur qui, lui, ne nous oublie jamais . Là aussi, il faut se tenir à la page. Terminée celle qu’on appelait jadis la « douloureuse », la feuille d’impôts sur le revenu se transformera cette année en ligne de déduction sur la fiche de paye.

Reprenons notre liste de rites annuels. Rentrer le bois, faire vérifier la chaudière, payer sa taxe d’habitation, partir en vacances (pour un Français sur deux). Le souvenir des guerres que l’on commémore à l’envi. Pourquoi diable ne fêtons-nous pas à leur place de plus profitables événements ? Le jour où l’on a découvert que la terre était ronde, le premier pas de l’homme sur la lune, l’abolition de l’esclavage, la création de l’ONU... En énonçant ces propositions, je mesure toutefois leur relativité. Bien avant Galilée, Ératosthène, un savant grec, avait mesuré la circonférence de la terre ; c’était deux-cent-cinquante ans avant Jésus-Christ. Le 20 juillet 1969, Neil Armstrong et Buzz Aldrin remplissaient la mission que John Fitzgerald Kennedy avait assigné à la NASA dix ans auparavant. Mais le but était loin d’être désintéressé, il s’agissait ni plus ni moins de démontrer la supériorité des États-Unis sur l’Union soviétique qui, dans le contexte de la guerre froide, avait jusqu’alors dominé le monde au début de la conquête de l’espace. L’abolition de l’esclavage nécessiterait des dates différentes selon les pays et l’on peut légitimement se demander si cette abolition a été réellement effectuée, y compris dans nos contrées que l’on ose qualifier de ’’démocratiques’’ ? Combien de femmes de ménage, d’ouvriers clandestins travaillent encore sans être déclarés, sans protection sociale, sans droit du travail, corvéables à merci ? Quant à la création de l’Organisation des Nations Unies, mise en place sur les ruines fumantes de la Seconde Guerre mondiale, devinez combien de conflits cette sympathique organisation n’a pu éviter ? Cent-soixante-sept ! (selon Wikipedia). Bref, pour ce qui est des célébrations humanistes, je donne ma langue au chat ! Et pas sûr que le chat trouve son compte dans le culte des Grandes Avancées Humaines, lui qui, comme ses camarades animaux, a souvent été la première victime des progrès de l’Homme. Si je mets (par convention, mais c’est fou ce que cachent les conventions !) une majuscule à homme, c’est pour inclure la femme dans ce vocable... Et là encore, il y aurait à dire...

D’autres actions prennent un rythme pluriannuel, comme passer son véhicule au contrôle technique, ou encore, aller voter en pensant par paresse que c’est ainsi que l’on fait vivre nos institutions démocratiques (alors que c’est plutôt dans les moments de rupture (tels les Gilets jaunes) que la démocratie trouve à se régénérer...). A l’inverse, certaines actions se répètent plusieurs fois dans l’année : partir en vacances (pour les 22% de Français les plus favorisés), aller chez le coiffeur, se couper les ongles, rendre visite à sa belle-mère, donner des nouvelles à la famille éloignée, inviter des amis. Certains actes peuvent avoir une régularité d’une grande stabilité. Pour un employeur honnête, régler à l’URSSAF chaque trimestre les cotisations sociales. Chaque mois, recevoir son relevé bancaire. Écouter, chaque semaine, son programme radio habituel, aller faire son marché, lire son magazine préféré. Chaque jour, s’habiller/se déshabiller, se lever/se coucher, ouvrir et fermer les volets, regarder le soleil se lever et le soir tomber, ouvrir sa boîte aux lettres et constater la baisse constante du nombre de véritables courriers (j’entends par courrier véritable, la lettre manuscrite d’un parent ou d’un ami, pas la feuille de papier glacé faisant miroiter un produit inutile dont je n’avais jusqu’alors jamais ressenti le besoin et qui, tout à coup, puisqu’il se trouve à portée de main, qu’il est si bon marché et dont j’aurais l’air si bête d’être seul à ne pas en posséder un, qu’il me faut, toute affaire cessante, aller l’acquérir en le payant avec ma carte bancaire, sans contact et à crédit).

Et puis, il y a les actes de chaque instant. Entendre le tic-tac de l’horloge égrenant chaque seconde. Un son qui se perd avec l’usage de l’électronique dont le silence abyssal nous plonge irrémédiablement dans la post-modernité. Des gestes plus indispensables que le fait de respirer, j’entends par là consulter des écrans, lire ses mails, compléter son mur sur Facebook, vérifier la dernière rumeur et prendre connaissance de l’actualité vraiment actuelle sur son réseau social préféré. Écrivant cette chronique, je prends plus clairement la mesure que les rythmes lents sont le propre de l’ancien monde et les rythmes rapides (pour ne pas dire trépidants) sont surtout attachés à la vie moderne. La vitesse absolue est le contraire de la démocratie, qui suppose d’aller vers les autres, de discuter, de prendre le temps de la réflexion et de partager la décision. Quand il n’y a plus de temps à partager, il n’y a plus de démocratie possible, avait écrit, en son temps, l’urbaniste et essayiste Paul Virilio, mort dans la discrétion en septembre dernier. Puisse cette réflexion lentement infuser dans nos cerveaux en surchauffe et guider nos pas tout au long de l’année qui commence...

Et puis, tiens ! Peut-être 2019 offrira enfin la date commémorative rêvée. En mars prochain, quatre associations vont assigner l’État français en justice pour inaction face au changement climatique. Deux millions de personnes ont déjà apporté leur soutien à cette initiative (https://laffairedusiecle.net/ ). Pourquoi pas vous ?

Christian LEJOSNE


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