Tobie or not Tobie

mercredi 16 février 2011
par  Christian LEJOSNE
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A peine entré dans la librairie, mes pas m’entraînent jusqu’au rayonnage des livres nouvellement parus et mon regard est attiré par le dernier livre de Tobie Nathan. Tobie Nathan, c’est moi ! Ou plutôt, c’est mon double… vous pouvez le vérifier sur les photos. Lequel est Tobie, lequel n’est pas Tobie ? Autrement dit : Tobie or not Tobie ? telle pourrait être la question. Quelqu’un dernièrement m’avait parlé de Tobie Nathan… Qui était-ce ? Impossible de me souvenir. L’avais-je rêvé ou cette conversation avait-elle réellement eu lieu ?

La nouvelle interprétation des rêves (1) est le titre du dernier livre de Tobie Nathan. Ce livre révolutionne ma vision des rêves. Il s’écarte de ce que Freud a pu en dire il y a précisément cent onze ans avec son Interprétation des rêves. Il est vrai qu’en un siècle, la science a fait quelques bonds technologiques et permis d’invalider certaines idées émises empiriquement par le Docteur Sigmund. Contrairement à ce qu’a pu dire la psychanalyse, on ne rêve pas pendant le sommeil léger mais pendant des phases successives de sommeil profond, appelé sommeil paradoxal, période pendant laquelle le corps est totalement déconnecté, sourd, aveugle et coupé du monde. Selon l’hypothèse émise dans les années soixante par le neurobiologiste Michel Jouvet, le sommeil paradoxal permettrait aux cellules du cerveau dégénérée de se reprogrammer selon leur code génétique initial. Tobie Nathan pousse plus loin cette hypothèse en faisant du rêve le garant de ce qui restaurerait la personne dans sa singularité ; cette fonction étant d’autant plus importante pour les individus vivant dans des sociétés très socialisées où la personne risque de disparaître derrière le culte du quiconque (société de masse, de consommation, d’uniformisation). Cette conception du rêve rejoint d’ailleurs la tradition cabalistique qui affirme que le dormeur risque de se perdre dans son sommeil et que le rêve lui permet de se réveiller en demeurant la même personne. Autre décalage de point de vue avec la psychanalyse, le rêve ne remâcherait pas les événements s’étant déroulés la veille, en particulier nos frustrations, il éclairerait au contraire le futur. Le rêve constitue le brouillon des lendemains nous dit Tobie Nathan et on doit le considérer comme une aide à la décision. Un guide pour soi-même. Etait-ce parce que j’avais rêvé de Tobie que mes pas m’avaient mené jusqu’à son dernier livre ?

Il n’existe pas de signification objective au rêve, rien que des interprétations, précise Tobie Nathan, qui considère que le rêveur ne peut interpréter lui-même ses rêves, à moins de tourner en rond dans son univers intérieur et de continuer à fabriquer du rêve. Mais attention ! Un rêve est chose trop importante pour le donner en pâture à n’importe qui, nous dit l’ami Tobie… Je tremble à l’idée d’avoir régulièrement dans cette chronique décrit certains de mes rêves… heureusement aucun lecteur ne m’en a donné son interprétation. Car l’interprète de rêves est accoucheur de lendemains. Le rêve se réalise en effet à partir de la parole de son interprète, formulée comme une prédiction. Ce qui rend importante la responsabilité de l’interprète. Exemple : Jules César avait rêvé qu’il couchait avec sa mère. Un interprète lui affirma qu’il devait prendre Rome. César, qui croyait aux rêves, passa le Rubicond. Imaginez ce qu’il serait advenu de nos deux mille ans d’Histoire occidentale si Freud avait analysé César…

Christian LEJOSNE

(1) Tobie Nathan, La nouvelle interprétation des rêves, Edition Odile Jacob – Janvier 2011


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