Des mots gentils et simples

mardi 6 mars 2007
par  Christian LEJOSNE
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J’aimerais vous faire du bien. Rien qu’un petit peu. Rien que quelques minutes. Le temps de lire cette chronique. Le temps de prolonger encore un peu ce temps de vacances qui ne compte pas le temps, qui n’est pas regardant sur la dépense, qui fleure bon l’odeur du pastis aux terrasses des cafés, ensoleillées de préférence mais pas trop. Tout juste ce qu’il faut de douce chaleur enveloppante qui picote agréablement la peau. Prolonger la torpeur et l’insouciance. Avant que le monde de brutes ne reprenne le devant de la scène et tente de grignoter notre joie de vivre. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais cette rentrée, je ne la sens pas ! Et je ne suis pas le seul prévoir cela. La plupart des gens que j’ai croisés me disent la même chose. Qu’ils n’avaient pas envie de revenir. Que les congés, ils les auraient bien prolongés un peu plus …

Qu’est-ce qu’on fait donc en vacances que l’on n’a pas envie de lâcher en rentrant ? Ou bien, qu’est-ce qu’on ne fait pas en vacances et qu’on aimerait bien continuer à ne pas faire ? Chacun a ses propres réponses, on n’est pas tous fait du même métal. J’essaie juste d’imaginer l’éventail des réponses. Découvrir des nouveaux paysages, des nouvelles rues, de nouveaux bistrots. Visiter des pays lointains, étranges et étrangers. Jouer aux cartes, aux cerfs-volants. Faire du sport, de la planche à voile, de la randonnée. S’occuper de son corps. Faire des stages en tous genres. Lire. Penser à soi et à ses proches. Continuer à ne rien faire. Que sais-je encore ?
Mais au fond, qu’est-ce qui nous empêche de continuer à vivre pendant l’année ce qui nous motive tant durant nos vacances ? Histoire de ne pas gâcher l’année. De ne pas vieillir d’un an avant de s’autoriser à espérer retrouver ce que l’on a envie de faire au plus profond de soi. Si l’on acceptait cette année, à l’occasion de cette rentrée où l’on n’a pas spécialement envie de rentrer, de se regarder plus souvent au fond des yeux. De s’autoriser à ressentir ce que l’on s’interdit le plus souvent de ressentir. En un mot comme en cent, d’accepter de vivre avec soi-même durant cette année qui commence, sans se mettre entre parenthèses pendant quarante neuf semaines dans l’attente des vacances suivantes.

L’autre jour, mon chien a dévié de la route habituelle de sa promenade matinale. Les chiens, c’est plutôt routinier. Le mien l’est, en tous cas. En rentrant, je croise une voisine qui s’inquiète de la santé de ma femme, qu’elle n’a pas vue depuis quelques jours. « Non ! Ne vous inquiétez pas ! Elle va bien, elle est seulement partie rendre visite à ses parents » je lui réponds. Et tout de suite, elle me propose de s’occuper du chien, habitué à une présence et des sorties régulières dont il est présentement privé. Puis elle regarde le ciel et me prédit la pluie. Ainsi prévenu, je pars au travail muni de mon parapluie. Bien m’en a pris. A peine ai-je tourné le coin de la rue qu’il se met à pleuvoir. Pas une pluie diluvienne ni un orage tonitruant, juste quelques gouttes qu’une personne un tantinet agile éviterait en se faufilant. Comme ça n’est pas mon cas, j’ouvre mon pépin qui semble avoir un effet magique sur les passants que je croise. Toutes et tous me sourient. Est-ce le côté incongru du parapluie ouvert alors qu’il ne tombe que quelques gouttes ? Ma sage anticipation qu’ils saluent à leur manière ? Le bonheur de la pluie enfin retrouvée ? Qu’importent leurs raisons, les sourires sont toujours bons à prendre !
En traversant une rue, je croise un monsieur muni de son pépin replié. Un timide sans doute, qui n’ose pas affronter le regard des autres. Dès qu’il me voit, il m’offre son meilleur sourire et déploie son pébroc.
En arrivant au boulot, j’aperçois, comme souvent, le concierge de l’immeuble, aimable comme une porte de prison. Surpris de me voir un pépin à la main, il me regarde longuement, chose qu’il évite habituellement de faire, s’épargnant ainsi de me saluer. J’en profite pour lui souhaiter une bonne journée. Il me renvoie mon salut. Une fois le dos tourné, je l’entends se moquer. Qu’importe ! Depuis, on se dit bonjour.

Il est des jours où rien n’est à sa place, où tout va pour le mieux. Des jours où l’on a le sentiment d’exister réellement, de vivre chaque seconde intensément, même dans les actes les plus ordinaires. Des jours où même des inconnus ont de la considération pour vous. Où l’on sent sa propre présence. Où l’on s’habite vraiment. Où l’on vit avec soi-même. Où l’on se donne la permission d’exister pleinement. Rien n’a changé. La vie va, la vie déverse son flot de secondes, de minutes et d’heures, inexorablement. Et pourtant, rien n’est plus comme avant. Juste le regard qui se pose différemment sur les choses. Un peu à côté.

Aujourd’hui, j’aimerais vous dire des mots gentils et simples. Des mots attentionnés comme « Fais attention de ne pas manger trop vite. » Ou bien « Surtout, n’oublie pas de prendre du temps pour toi, chaque jour. »

Christian LEJOSNE


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