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	<title>Paul MASSON</title>
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	<description>informer partager cr&#233;er</description>
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		<title>A ma m&#232;re, &#224; ma s&#339;ur, &#224; mes filles, &#224; ma petite fille &#8230;&#8230;.</title>
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		<dc:date>2021-03-05T15:34:37Z</dc:date>
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		<dc:creator>Francine Lemoine</dc:creator>



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&lt;p&gt;Francine nous propose un t&#233;moignage. &#224; la lecture du texte, vous trouverez son int&#233;r&#234;t sociologique et psychologique et d&#233;couvrirez l'auteure. et appr&#233;cierez ses qualit&#233;s litt&#233;raires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ma m&#232;re ne m'a jamais t&#233;moign&#233; sa tendresse qu'au travers de ses p&#226;tisseries. Il faut avouer qu'elle &#233;tait assez dou&#233;e en la mati&#232;re. Elle savait tout faire, du plus simple : les madeleines , les g&#233;noises, les cakes, les sabl&#233;s, les tartes au libouli ( flan du Nord de la France) au plus compliqu&#233; : les choux &#224; la cr&#232;me, les (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://paulmasson.atimbli.net/spip.php?rubrique72" rel="directory"&gt;histoire de vie et souvenirs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Francine nous propose un t&#233;moignage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#224; la lecture du texte, vous trouverez son int&#233;r&#234;t sociologique et psychologique et d&#233;couvrirez l'auteure.&lt;br class='manualbr' /&gt;et appr&#233;cierez ses qualit&#233;s litt&#233;raires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ma m&#232;re ne m'a jamais t&#233;moign&#233; sa tendresse qu'au travers de ses p&#226;tisseries. Il faut avouer qu'elle &#233;tait assez dou&#233;e en la mati&#232;re. Elle savait tout faire, du plus simple : les madeleines , les g&#233;noises, les cakes, les sabl&#233;s, les tartes au libouli ( flan du Nord de la France) au plus compliqu&#233; : les choux &#224; la cr&#232;me, les &#233;clairs chocolat, vanille, caf&#233;, les p&#226;tes feuillet&#233;es, mais aussi les mokas, les pi&#232;ces mont&#233;es qu'elle confectionnait gracieusement pour les communions. Elle utilisait des colorants verts, jaunes, rouges et gr&#226;ce &#224; sa douille magique, elle brodait une dentelle &#171; cr&#232;me au beurre &#187; soign&#233;e, sucr&#233;e et all&#233;chante qui transformait ses g&#226;teaux en sortes de tableaux gourmands , un r&#233;gal autant pour les yeux que pour la bouche. Je tiens d'elle cette envie de faire plaisir, en nourrissant par la douceur les gens que j'aime, comme une offrande gustative &#224; la tendresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#232;re avait 16 ans en 1945. Dans ces ann&#233;es juste apr&#232;s- guerre, elle avait fr&#233;quent&#233; une &#233;cole m&#233;nag&#232;re. A cette &#233;poque, c'&#233;tait le passage obligatoire d'une fille de paysans modestes pour devenir l'&#233;pouse efficace d'un paysan modeste. Elle avait peut- &#234;tre r&#234;v&#233; d'une autre vie. Elle n'avait s&#251;rement pas eu le choix. Son parcours &#233;tait trac&#233; d'avance et dans ce milieu conservateur et catholique, on ne demandait pas aux filles si elles avaient des r&#234;ves et des d&#233;sirs. Elle n'&#233;tait ni Simone de Beauvoir, ni Gis&#232;le Halimi. Docile, elle avait ob&#233;i et avait &#233;pous&#233; mon p&#232;re, son voisin le plus proche, de 6 ans son a&#238;n&#233;, poss&#233;dant quelques hectares de terre qu'il avait re&#231;us en h&#233;ritage, ayant eu la chance d'&#234;tre fils unique.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ma m&#232;re &#233;tait l'arch&#233;type de ces jeunes femmes du milieu du XXeme si&#232;cle, model&#233;es par leur famille et la religion, assujetties &#224; leur mari, qui pouvaient s'insurger de temps en temps si tout cela restait dans les limites de la biens&#233;ance et de la soumission patriarcale.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je ne l'ai jamais vue en pantalon, sauf pour les moissons car c'&#233;tait plus pratique o&#249; elle portait les jeans us&#233;s de mon p&#232;re. Nous-m&#234;mes, ma s&#339;ur et moi &#233;tions toujours v&#234;tues de jupes que ma m&#232;re confectionnait dans le m&#234;me tissu. Encore les b&#233;n&#233;fices de l'&#233;cole m&#233;nag&#232;re. Bien des ann&#233;es plus tard, &#224; la retraite, j'ai pris des cours de couture. J'avais besoin de cette connivence, avec elle peut &#234;tre mais aussi avec toutes ces femmes qui pendant des g&#233;n&#233;rations ont cousu, tricot&#233;, brod&#233;, rapi&#233;c&#233;, assign&#233;es aux &#171; ouvrages pour dames &#171; dans la moiteur des apr&#232;s midis sous les tilleuls bienfaisants o&#249; elles partageaient des confidences. Images d&#233;su&#232;tes de femmes attentives dont j'ai recherch&#233; la complicit&#233; f&#233;minine &#224; travers la d&#233;licatesse d'un univers de sensualit&#233; feutr&#233;e. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il m'a fallu attendre le lyc&#233;e pour pouvoir enfin porter un pantalon et que mes parents consentent &#224; m'acheter des &#171; clarks &#187; (les chaussures branch&#233;es des adolescents de l'&#233;poque).&lt;br class='manualbr' /&gt;1968 &#233;tait pass&#233; par l&#224;, mais il avait d&#251; bouder la maison de mes parents. J'ai d&#251; batailler, parlementer, pleurer pour avoir enfin le droit de me sentir identique aux jeunes de mon &#226;ge. Ce fut ma premi&#232;re petite victoire qui m'am&#232;nerait doucement vers l'&#233;mancipation. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ma s&#339;ur est n&#233;e 5 ans avant moi, mon p&#232;re l'avait nomm&#233;e &#171; l'enfant de l'amour &#187;. Moi, la deuxi&#232;me, encore une fille, je n'avais plus la fulgurance de la nouveaut&#233; et de la d&#233;couverte, j'ai &#233;t&#233; surnomm&#233;e &#171; l'enfant de la peur &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Si certaines f&#233;es se penchent sur les berceaux des nouveaux n&#233;s, je dus grandir avec un poids sur les &#233;paules, un poids qui p&#232;sera bien des ann&#233;es. Je serai une petite fille timide, peureuse, effray&#233;e de tout ce qui bousculerait son quotidien routinier. Enfant de la m&#233;thode Oginot, j'avais &#233;t&#233; con&#231;ue &#224; cause ou gr&#226;ce &#224; une peur de ma m&#232;re qui avait d&#233;r&#233;gl&#233; son cycle menstruel, d'o&#249; ce surnom d'enfant de la peur. Ce n'est que bien des ann&#233;es plus tard qu'une amie un peu psy me consola en positivant toute cette anecdote. J'&#233;tais celle qui avait voulu vivre &#224; tout prix, malgr&#233; les peurs et les angoisses de ma m&#232;re.&lt;br class='manualbr' /&gt;Il faudrait encore attendre 5 ans avant que ne vienne &#171; l'enfant du r&#234;ve &#187;. Mon fr&#232;re, ce gar&#231;on tant d&#233;sir&#233; est n&#233; en majest&#233; un dimanche matin d'avril 62, jour du R&#233;f&#233;rendum sur les Accords d'Evian. Sa naissance, un jour de r&#233;conciliation s'annon&#231;ait sous les meilleurs auspices : un dimanche de printemps, d'&#233;closion, de promesse de paix. Il &#233;tait pour nous tous l'incarnation d'un avenir ensoleill&#233;. Comment s'imaginer que cet enfant choy&#233;, &#171; le Petit J&#233;sus &#187; de sa m&#232;re mettrait fin &#224; ses jours &#224; 53 ans sans laisser un mot d'explication.&lt;br class='manualbr' /&gt;Longtemps apr&#232;s, je me pose encore la question douloureuse du pourquoi. Avait- il les &#233;paules trop fragiles pour soutenir toutes ces esp&#233;rances familiales dont il avait h&#233;rit&#233;es ? On attendait s&#251;rement plus de lui que de ma s&#339;ur et moi. Nous n'&#233;tions que des filles et devions en toute ob&#233;issance suivre le mod&#232;le maternel, devenir de bonnes &#233;pouses et de bonnes m&#232;res. Si possible, arriver vierges au mariage et rester fid&#232;les toute notre vie &#224; un mari gentil et stable. Ma m&#232;re r&#234;vait pour moi d'un homme viril qui me mettrait, disait-elle &#171; du plomb dans la cervelle &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;Des trois enfants, j'&#233;tais certainement celle qu'elle comprenait le moins. Ai-je occult&#233; sciemment ou inconsciemment toutes ces ann&#233;es les moments de tendresse et d'amour entre nous deux ? Dans mes souvenirs s&#251;rement subjectifs ne subsistent que les &#233;gratignures au c&#339;ur. Il faut avouer que j'&#233;tais une enfant col&#233;reuse. Ma m&#232;re ne connaissait ni Fran&#231;oise Dolto, ni Maria Montessori et dans sa bo&#238;te &#224; outils, pour calmer mes fureurs, elle ne poss&#233;dait que les m&#233;thodes d&#233;pass&#233;es h&#233;rit&#233;es de sa propre m&#232;re. Souvent d&#233;sarm&#233;e devant mes crises, elle ne savait que m'enfermer dans la chambre du fond, froide et sombre o&#249; personne ne dormait jamais et me donner la fess&#233;e. Ma s&#339;ur m'a rapport&#233; un souvenir m&#233;morable, o&#249; j'avais dans un exc&#232;s de passion col&#233;reuse &#233;ventr&#233; tous ses livres des collections rose et verte contre les murs de la chambre en guise de repr&#233;sailles. Mes acc&#232;s de rage &#233;taient fr&#233;quents et ma m&#232;re n'y voyait que les m&#233;faits d'un caract&#232;re r&#233;volt&#233; qu'il fallait &#224; tout prix redresser. &lt;br class='autobr' /&gt;
Malgr&#233; tout, mon enfance fut heureuse, gr&#226;ce &#224; ma grand-m&#232;re maternelle qui tenait avec mon grand p&#232;re le Caf&#233; de la Mairie, juste en face de chez nous. D&#232;s le lever, je traversais la rue et d&#233;jeunais chez Man Nette qui m'accueillait avec un &#339;uf &#224; la coque tout frais cueilli. Man Nette me cajolait, m'embrassait, me louait, m'adorait. Chez elle, j'&#233;tais une pr&#233;cieuse petite fille, la pr&#233;f&#233;r&#233;e, l'unique, que j'&#233;chouais &#224; &#234;tre chez mes parents. C'est &#224; la mort de ma grand-m&#232;re (j'avais 11 ans ) que les choses devinrent difficiles. Un foss&#233; s'&#233;tait creus&#233; entre ma m&#232;re et moi, un foss&#233; qu'il n'&#233;tait plus possible de combler. Nos caract&#232;res si diff&#233;rents devinrent encore plus incompatibles et je fus sevr&#233;e d'amour et de caresses &#224; l'&#226;ge si difficile o&#249; l'on commence &#224; avoir un regard critique et s&#233;v&#232;re sur ceux qui nous entourent. Petite fille en chocolat, comme elle me raillait souvent, j'&#233;tais devenue hyper sensible au moindre changement dans ma vie, au moindre mot d&#233;sagr&#233;able, au moindre doute, &#224; la moindre mise en cause qui provoquaient chez moi de grands d&#233;sordres &#233;motionnels. Avec le temps et l'exp&#233;rience, j'ai su r&#233;tablir un peu d'&#233;quilibre dans mes &#233;mois, et peut &#234;tre qu'au fond, cette &#226;pret&#233; maternelle m'a aid&#233;e dans ma qu&#234;te affective. &lt;br class='manualbr' /&gt;Il y avait toujours chez moi un petit quelque chose qu'elle ne supportait pas : mes cheveux indisciplin&#233;s, mes gestes, mes c&#244;t&#233;s impr&#233;visibles, mon caract&#232;re tant&#244;t boudeur et col&#233;rique tant&#244;t joyeux. Je sentais bien qu'au fond, elle ne me faisait pas confiance, elle craignait toujours que mes impulsivit&#233;s et mes d&#233;bordements n'en viennent &#224; d&#233;stabiliser l'ordre moral impos&#233; par cette soci&#233;t&#233; scl&#233;ros&#233;e o&#249; nous vivions. Il y avait, je pense dans son attitude une forme de censure qu'elle s'infligeait &#224; elle-m&#234;me et nous infligeait en retour. J'ai le souvenir d&#233;sagr&#233;able d'avoir jusqu'&#224; mes 20 ans (moment b&#233;ni de mon ind&#233;pendance financi&#232;re) &#233;t&#233; sous la domination et l'autorit&#233; excessives de mes parents. Dans ce milieu verrouill&#233;, la fantaisie n'&#233;tait pas de mise et j'ai bataill&#233; plus d'une fois, souvent en vain, pour pouvoir m'affranchir et exister en toute libert&#233;. A cette adolescente sensible ma m&#232;re r&#233;pondait constamment cette phrase d&#233;faitiste : &#171; Garde tes larmes pour plus tard, tu en auras besoin &#187;. Quel avenir angoissant pourrait il y avoir apr&#232;s l'enfance pour devoir garder en stock des mar&#233;es de larmes qui me serviraient adulte ? Cette phrase, je l'ai gard&#233;e longtemps au fond de moi, comme si ma destin&#233;e devait automatiquement s'affirmer tragique. J'ai trouv&#233; un jour beaucoup plus tard un livre de Alix de St Andr&#233;, portant le m&#234;me titre : &#171; Garde tes larmes pour plus tard &#187;. C'&#233;tait la m&#232;re de Fran&#231;oise Giroud qui r&#233;p&#233;tait &#224; sa fille la m&#234;me litanie que la mienne. Ce jour-l&#224;, j'ai ressenti des bouff&#233;es d'esp&#233;rance. Si Fran&#231;oise Giroud &#233;tait devenue cette grande dame que j'admirais, je pouvais moi aussi m'en sortir. Et contrairement &#224; ce que ma m&#232;re avait pr&#233;dit, j'ai beaucoup moins pleur&#233; adulte que je ne l'ai fait enfant. &lt;br class='manualbr' /&gt;Ma m&#232;re ne conduisait pas. Mon p&#232;re poss&#233;dait une 4CV, plus tard une 403 qu'il sortait pour les promenades dominicales en famille et les matchs de football. Ma m&#232;re, elle s'affranchissait de temps en temps de la tutelle maritale gr&#226;ce &#224; son Solex, ses vell&#233;it&#233;s d'ind&#233;pendance ainsi satisfaites avec les march&#233;s hebdomadaires et les visites au coll&#232;ge d'Hesdin o&#249; ma s&#339;ur a&#238;n&#233;e &#233;tait en pension. Cas banal du d&#233;but des ann&#233;es 60, elle &#233;tait subordonn&#233;e &#224; son mari, soumise &#224; sa belle-famille et &#224; l'&#233;glise. Pourtant, je crois qu'elle n'&#233;tait pas malheureuse, elle reproduisait fid&#232;lement la vie qu'elle avait s&#251;rement vu mener par sa m&#232;re. Lisant tr&#232;s peu, ma m&#232;re ne r&#234;vait pas d'escapades au clair de lune, ni de voyages romantiques au bout du monde, ni d'adult&#232;res dans des chambres d'h&#244;tel discrets, ni d'une vie o&#249; elle serait l' h&#233;ro&#239;ne d'une histoire flamboyante. Elle &#233;tait plut&#244;t gaie malgr&#233; tout, elle aimait rire, se moquer des autres en les imitant et chanter souvent dans la journ&#233;e. Elle avait un joli brin de voix d'ailleurs et j'ai appris en l'&#233;coutant les vieilles romances fran&#231;aises d'avant- guerre : Jean Sablon, Tino Rossi, Jack Lantier, Georgel, Fr&#233;hel. Elle ne s'est jamais int&#233;ress&#233;e aux Brel, Brassens, B&#233;caud, Aznavour trop modernes et scandaleux pour elle.&lt;br class='manualbr' /&gt;Que n'ai-je entendu ces chansons qu'on disait r&#233;alistes ! Je peux encore aujourd'hui fredonner &#171; L'hirondelle du faubourg &#187; chant&#233; par Georgette Plana. Dans mon esprit de petite fille, je croyais vraiment que certains femmes pouvaient s'envoler telles des hirondelles. Qui avait donc coup&#233; les ailes de ma m&#232;re d&#232;s son berceau pour qu'elle demeure ainsi, les pieds englu&#233;s dans la terre ? De tout cet apprentissage chansonnier, j'ai toujours gard&#233; une app&#233;tence pour la chanson fran&#231;aise, celle qui fait pleurer, et qui comble mon &#226;me de midinette.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mon p&#232;re, lui, adorait &#171; Le temps des cerises &#187;, sans jamais avoir su que cette chanson &#233;tait associ&#233;e &#224; la Commune. Avait-il seulement entendu parler de la Commune ? Il avait quitt&#233; l'&#233;cole &#224; 14 ans apr&#232;s le certificat d'&#233;tudes pour reprendre la ferme familiale. Il avait r&#234;v&#233; d'un autre avenir, mais lui non plus n'a pas eu le choix. Fils unique, il devait continuer ce qu'avait commenc&#233; son p&#232;re, et lui aussi comme ma m&#232;re a ob&#233;i &#224; un ordre social qui le d&#233;passait.&lt;br class='manualbr' /&gt;La conscience politique de mes parents ne d&#233;passait pas le canton. Ils travaillaient, prenaient de la peine, &#233;levaient leurs enfants dans une morale juste et honn&#234;te votaient tranquillement De Gaulle, qui repr&#233;sentait pour eux l'ordre et la s&#233;curit&#233; qu'ils esp&#233;raient trouver de la m&#234;me fa&#231;on au sein de leur foyer. A la fin des ann&#233;es 70, ils commenc&#232;rent &#224; changer et vot&#232;rent &#224; gauche, &#171; la force tranquille &#187;, car ils en avaient assez des &#171; gros &#187; comme ils les appelaient qui s'enrichissaient sur leur dos de &#171; besogneurs &#187; de la terre.&lt;br class='manualbr' /&gt;Je n'ai jamais entendu &#224; la maison de propos racistes ou antis&#233;mites. Il y avait peu d'immigr&#233;s dans nos campagnes art&#233;siennes. Le seul que nous connaissions &#233;tait Joseph. Il montait &#224; pied une fois tous les 3 mois de la gare voisine, en tra&#238;nant sa lourde valise pour vendre dans le village quelques colifichets en tous genres. Il exhalait un accent chantant qui &#233;tonnait la petite fille du Nord, plus habitu&#233;e au picard rugueux et familier. Joseph &#233;tait l'h&#244;te de ma grand-m&#232;re au caf&#233; chaque fois qu'il venait au village et il nous rapportait de ses voyages annuels dans son Alg&#233;rie natale des porte monnaies et des babouches aux parfums &#233;trangers, forts et musqu&#233;s, les seules notes exotiques de ces ann&#233;es d'enfance.&lt;br class='manualbr' /&gt;Jamais, non plus, on n'a &#233;voqu&#233; l'antis&#233;mitisme chez moi. Je n'ai appris qu'avec Georges Moustaki le mot &#171; Juif &#187;. J'avais 11 ans, ma s&#339;ur &#233;coutait le M&#233;t&#232;que o&#249; Moustaki lui-m&#234;me se traite de &#171; juif errant &#187; ; et ce mot s'est par&#233; gr&#226;ce &#224; lui de r&#234;ves d'&#233;vasion, d'aspirations d'ailleurs et de paysages color&#233;s.&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour mes parents, les valeurs &#171; Travail et Honn&#234;tet&#233; &#187; &#233;taient la base de toute vie r&#233;ussie. Ils les tenaient eux-m&#234;mes de leurs a&#239;eux et continuaient sans questionnement &#224; perp&#233;tuer la tradition, prot&#233;g&#233;s dans leur petit cocon familial et rural qui le pensaient- ils, ne dispara&#238;trait jamais.&lt;br class='manualbr' /&gt;Mon premier &#233;blouissement litt&#233;raire a &#233;t&#233; pour Colette. J'avais environ 18 ans. Avec mes &#233;conomies, j'avais achet&#233;, &#171; par hasard &#187;, un roman en Folio &#171; Claudine en m&#233;nage &#187; &#224; la librairie d'Hesdin un jour de march&#233;. Je connaissais tr&#232;s mal Colette malgr&#233; mes &#233;tudes en second cycle litt&#233;raire. Je suis aujourd'hui encore &#233;merveill&#233;e par l'&#233;lan et l'&#233;tincelle qui m'ont foudroy&#233;e. J'&#233;tais litt&#233;ralement fascin&#233;e par l'&#233;criture alerte et libre, la sensualit&#233; qui &#233;clatait dans toutes les pages, par l'espoir vital que m'apportait cette femme. Claudine, comme Colette m'offraient le monde, un monde en mouvement o&#249; tout &#233;tait possible, o&#249; les femmes peuvent en toute libert&#233; s'affranchir, d&#233;couvrir, d&#233;vorer, choisir, aimer ; un monde gourmand et d&#233;ploy&#233;. Colette reste encore &#224; ce jour une esp&#232;ce de phare pour moi, un &#233;lectron libre dont l'&#233;mancipation a provoqu&#233; la mienne. Dans ce monde clos et rempli d'interdits, elle a &#233;t&#233; la lumi&#232;re, l'espoir farouche de lendemains envo&#251;tants. La vie &#233;tait l&#224;, un peu tapie, certes mais je me jurais bien de la d&#233;busquer. &lt;br class='manualbr' /&gt;Quand &#224; 20 ans, j'ai quitt&#233; mon village natal pour la capitale, j'ai fr&#233;quent&#233; des milieux tr&#232;s diff&#233;rents ; et j'enviais ces amis dont les parents militants flattaient leur ADN. Je sentais chez eux une filiation ouvri&#232;re dont j'&#233;tais amput&#233;e. Je me suis mise &#224; courir les manifs et les associations pour combler un manque et me sentir en phase avec une jeunesse combative, soucieuse du bonheur de chacun. A cette &#233;poque, j'avais je l'avoue un peu honte de mes parents, attach&#233;s &#224; leur petit univers comme une ch&#232;vre &#224; son piquet. Comme tous les jeunes de 20 ans, je m&#233;prisais tous &#171; ces petits bourgeois &#187; qui s'arrangeaient bien de ce monde, persuad&#233;e que j'&#233;tais que notre g&#233;n&#233;ration, elle, allait tout changer.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette dichotomie entre ma famille d'un c&#244;t&#233; et mes aspirations vitales de l'autre a entra&#238;n&#233; bien des incompr&#233;hensions. Je me trouvais tr&#232;s &#224; l'&#233;troit dans mon cadre familial, persuad&#233;e qu'ils ne chercheraient jamais &#224; me comprendre. Leur g&#233;ographie n'&#233;tait plus la mienne et quand je revenais le week-end, je me heurtais toujours aux m&#234;mes poncifs et aux m&#234;mes pr&#233;jug&#233;s, aux opinions un peu r&#233;trogrades. Malgr&#233; mon ind&#233;pendance, j'&#233;tais toujours la petite fille &#224; qui sa m&#232;re reproche de n'&#234;tre pas celle qu'elle aurait d&#233;sir&#233;e. Je reniais ce milieu dont j'&#233;tais issue, sans trouver par ailleurs une v&#233;ritable compensation. C'est plus tard en lisant &lt;a href='https://paulmasson.atimbli.net/spip.php?article603' class='spip_in'&gt;Annie Ernaux&lt;/a&gt; que j'ai compris bien des choses. Elle m'a aid&#233; &#224; diss&#233;quer mes &#233;motions, mes ressentis et &#224; d&#233;passer l'amertume et le ressentiment. Ses livres ont &#233;t&#233; le d&#233;but de la r&#233;silience. Je me promettais d'autres horizons, d'autres amours, d'autres familles. L'indulgence venant avec l'&#226;ge m'a ouvert les yeux sur la tendresse que m'accordaient les miens. Apr&#232;s tout, ils n'&#233;taient eux aussi que les fruits de leur histoire et de leur culture. Baign&#233;s dans un milieu clos et conservateur, ils n'avaient fait que suivre le chemin trac&#233; par leurs parents. Ils &#233;taient tous les deux adolescents pendant la 2&#232;me guerre mondiale et avaient d&#251; subir des privations et des renoncements. Ils comprenaient mal notre g&#233;n&#233;ration d'enfants g&#226;t&#233;s. Je me souviens de mon grand-p&#232;re paternel, nous conseillant de toujours garder une poire pour la soif. Et quand de temps en temps, nous ramenions un ami &#224; la table familiale, la premi&#232;re question que lui posait Pap&#232;re sans honte et sans pudeur, c'&#233;tait le montant de son salaire. Ce grand p&#232;re avait &#233;conomis&#233; sou &#224; sou pour pouvoir poss&#233;der quelques hectares de terre et connaissait bien le prix du travail. &lt;br class='manualbr' /&gt;Je me rends compte &#224; pr&#233;sent ce que ma m&#232;re a d&#251; subir de refus, de critiques et de jugements. Coinc&#233;e entre une m&#232;re tr&#232;s pratiquante et remplie de pr&#233;jug&#233;s et une belle m&#232;re possessive envers son fils et ses petits enfants, ma m&#232;re n'a pas su d&#233;velopper une autre attitude que celle qu'elle a gard&#233; toute sa vie : le respect de la biens&#233;ance, la peur du qu'en dira t-on, et la sobre posture de celle qui se fond dans un univers gris-beige sans fard et sans merveille .&lt;br class='manualbr' /&gt;Comment aurait- elle pu comprendre mon besoin de r&#233;volte et de fantaisie ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Aujourd'hui, je suis m&#232;re &#224; mon tour et je sais les tourments et les angoisses des m&#232;res pour leurs enfants. Je sais la peur qui peut parfois peser si lourd et compresser nos vies.&lt;br class='manualbr' /&gt;Ma m&#232;re n'a &#233;t&#233;, somme toute qu'une femme ordinaire dans une p&#233;riode o&#249; les femmes ordinaires avaient peu la parole. Elle n'a pas su se lib&#233;rer de ses carcans et a &#233;t&#233; la victime d'un syst&#232;me mill&#233;naire. Petite hirondelle qui n'a pas su voler, elle est pass&#233;e d'un nid &#224; l'autre &#224; cloche pied, &#224; cloche r&#234;ve.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est par cette humanit&#233; que je rejoins ma m&#232;re aujourd'hui, par ce lien invisible que les femmes ont tiss&#233; entre elles depuis des g&#233;n&#233;rations. Et si je n'ai aujourd'hui pour elle aucun genre d'admiration ni peut &#234;tre m&#234;me d'amour, il existe malgr&#233; tout entre elle et moi un lien tenace. Je suis sortie de ses entrailles dans la douleur, elle m'a admise au monde et m'a permis avec ses qualit&#233;s et ses d&#233;fauts d'&#234;tre la femme et la m&#232;re que je suis.&lt;br class='manualbr' /&gt;Car, si ma relation &#224; ma m&#232;re n'avait pas &#233;t&#233; tendre, l'avenir m'&#233;tait ouvert pour faire mieux avec mes filles. &lt;br class='manualbr' /&gt;C'&#233;tait &#224; moi d'inventer une relation m&#232;re-fille qui nous enchanterait. C'&#233;tait &#224; moi d'innover et de tracer de nouveaux chemins, c'&#233;tait &#224; moi de donner et de nourrir. C'&#233;tait &#224; moi d'aimer et de b&#226;tir.&lt;br class='manualbr' /&gt;A moi la Joie, &#224; moi la Lumi&#232;re, &#224; moi la Libert&#233; &#224; moi LA VIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; SORGES , le 01/02/2021&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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