Les formes de l’extrême droite en France
par
popularité : 1%

Un complément aux chroniques Comprendre la démocratie
L’élément commun à toutes les extrêmes-droites, ce qui les fonde, c’est la xénophobie, le racisme et l’antisémitisme. Tous leurs discours vont chercher à associer l’étranger à l’insécurité, et à mobiliser la peur pour arriver à leurs fins.
Après-guerre, il est resté quelques groupuscules de nostalgiques du IIIe Reich comme le mouvement Jeune Nation, le groupe occident, fondé dès 1949, et Ordre Nouveau, dissout pour sa participation au putsch d’Alger, une tentative de coup d’État manqué de 1958.
Mais la maison-mère de l’extrême-droite que nous connaissons en France, se structure autour de Jean Marie Le Pen. En 1972, il crée le Front National avec des anciens de la Waffen SS [1] comme Pierre Bousquet, de la Milice [2] comme François Brigneau, des groupuscules d’extrême droite (dont des anciens d’Ordre Nouveau,) plus des nostalgiques des Colonies. ( la guerre d’Algérie s’est terminée en 1962).
L’extrême-droite française est constituée de trois composantes complémentaires. Son action vise à développer le sentiment d’insécurité et de jouer sur les peurs pour imposer un régime autoritaire.
• Les groupes néofascistes :
Cette composante a deux visées : créer du désordre, de la violence et de l’insécurité pour déstabiliser la République. [3]
Faire passer l’idée que la démocratie ne fonctionne pas et que nous avons besoin d’un régime autoritaire pour faire régner l’ordre. Ce courant identitaire organise des actions violentes racistes, comme celle de Marc de Cacqueray-Valménier, condamné pour avoir violemment agressé des militant·es de SOS racisme durant un meeting d’Éric Zemmour. Depuis plus de trente ans, le 9 mai, des fascistes défilent dans Paris, pour commémorer la mort d’un des leurs, tombé d’un toit en marge d’une manifestation en 1994. La première marche a été organisée par le Front National jeunesse, le GUD (Groupe union défense) et les Jeunesses nationalistes révolutionnaires. Ce défilé – connu sous le nom de Comité 9 mai (ou C9M) – est devenu l’un des rendez-vous les plus importants des fascistes français et européens. On y rencontre des groupuscules ouvertement néonazis mais aussi des cadres médiatiques de l’extrême-droite. On a pu voir marcher Gabriel Loustau ainsi que son père Axel Loustau, cadre historique du GUD, proche de Marine Le Pen.
• Reconquête [4]
Reconquête est un parti politique fondé en 2021 par Eric Zemmour, en vue de sa candidature aux Présidentielles de 2022. Eric Zemmour est un proche de Jean Marie Le Pen. « Complément d’enquête » sur France 2, le présente comme son « fils médiatique »
Ce parti reproche au Rassemblement National et à la droite de ne proposer que des « réformettes ». Il développe les thèmes identitaires. La défense de la « race aryenne » des Nazis, sera en grande partie remplacée par celle de la « race blanche » puis des « européens ». Il parle d’« invasion » étrangère, reprend la théorie du « grand remplacement » [5] et les concepts de « guerre des civilisations. » [6] . Ce courant de l’extrême-droite est le fer de lance de la bataille culturelle menée par l’extrême droite. [7]
Nostalgique de l’ancien régime, il présente le Moyen Age et la royauté comme un âge d’or. Ce courant n’hésite pas à romancer l’histoire pour servir sa cause comme Philippe de Villlier avec Le Puy du fou ou Stéphane Bern [8] avec ses émissions et ses revues. Il n’hésite pas à la falsifier, comme lorsque Zemmour affirme que le régime de Pétain, qui a organisé la rafle du val’d’hiv [9], pour l’Allemagne nazie, a « sauvé » des juifs français.
• Le Rassemblement National
C’est la nouvelle nomination du Front National, sa maison-mère.
Il garde comme fond de commerce la xénophobie, notamment à travers son opposition à l’immigration et la défense du principe de « préférence nationale 10 ». Ce changement de nom correspond à une nouvelle stratégie de prise de pouvoir de l’Extrême-droite, [10] mais il n’y a pas de changement de nature entre le Front National de Jean Marie Le Pen et le Rassemblement National de Marine Le Pen. ( ou Jordan Bardella.)
Jean Marie Le Pen parlait des chambres à gaz comme « un point de détail de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale » [11], le RN ne tient plus ces discours provocants, mais refuse toujours de reconnaître la responsabilité de la France dans la rafle du Vél’d’Hiv en 1942 [12]
et à la mort de son père, Marine Le Pen déclare qu’ « elle ne se pardonnera jamais » d’avoir exclu son père de son propre parti.
Le Rassemblement National n’a jamais condamné la violence des groupuscules néofascistes. Et ces groupuscules fascisants espèrent l’arrivée du RN au pouvoir pour voir leurs actions illégales (agressions racistes, ratonnades, attaques lors de conférences sur la Palestine,…) amnistiées.
Obtenir la respectabilité et utiliser la démocratie pour arriver au pouvoir
La nouvelle stratégie du Front National, consiste à se respectabiliser, apparaître comme un parti ordinaire, et utiliser la démocratie pour prendre le pouvoir et changer de régime. Cette stratégie a permis à Hitler de devenir chancelier puis chef de l’État [13] Entre l’été 1934 et 1936, il abolit les libertés civiles et la liberté de la presse. En deux ans, le Reich a créé un nouveau régime.
Cette stratégie est également expérimentée aux États-Unis avec Trump et se trouve gagnante en Amérique latine ces dernières années. [14]
Pour obtenir cette respectabilité, le Rassemblement National doit avancer masqué, sortir de la stratégie de Le Pen, père qui, avec ses « Durafour-crématoire », « détail de l’histoire »… au contraire mettait en avant sa radicalité.
Il doit faire oublier ses origines nazies et ses liens avec les groupes néo-fascistes, faire oublier son projet d’extrême-droite. Le Rassemblement National ne veut pas qu’on le qualifie de parti d’extrême-droite.
Il entend se présenter comme un parti ordinaire, inscrit dans le paysage politique démocratique. Malgré les états d’âme de Marine Le Pen, il a du se défaire de Jean Marie Le Pen et il cherche à se différencier de Reconquête qui affirme sa radicalité dans une « guerre des civilisations » qui menacerait la « race blanche » et la « civilisation européenne ».
Il doit minimiser son projet de division des français entre « nous » et « eux » [15], pas de « guerre des civilisations » comme à Reconquête, seulement une « préférence nationale » pour « nous ».
Le changement de nom est révélateur de cette nouvelle stratégie. Alors que Front National marquait une opposition frontale à l’ordre républicain, en prenant le nom Rassemblement National, le parti insiste sur la cohésion sociale. républicaine
Il se présente comme un parti populaire qui soutient le peuple, et préconise le recourt au référendum. Marine Le Pen entend proposer une « référendum constitutionnel » « Citoyenneté-Identité-Immigration » pour changer de régime [16] qui validerait le projet xénophobe de l’extrême-droite et permettrait de passer d’un régime démocratique à un régime fascisant.
Cette stratégie est sur la corde raide car si le parti doit donner cette image de respectabilité, il a besoin de toute les mouvances d’extrême-droite (y compris la pire) pour gagner et s’imposer au pouvoir (coup de force, ratonnade… censure de la presse d’opposition... ) quand il n’avancera plus masqué.
D’autre part il doit composer avec son histoire ancienne (lien avec le Nazisme, l’OAS, les attentats) mais aussi avec son histoire récente. La double condamnation de Marine Le Pen pour détournement de fonds publics [17] fait mauvais effet pour un parti qui se présentait comme intègre, se veut républicain et pour sa candidate à la présidentielle qui s’indignait, contre les élus corrompus : [18] :
« Tout le monde a piqué de l’argent dans la caisse sauf le Front national, et on trouve ça normal ? »
« Les Français en ont marre… les Français n’ont pas marre d’entendre parler des affaires, ils en ont marre des affaires. Ils en ont marre de voir des élus, je suis navrée de vous le dire, qui détournent de l’argent. C’est scandaleux. » Voir Archive INA
et terminait sa diatribe par « Arrêtez de vous abstenir. Sinon, vous reverrez ce genre de scène. »
[1] Les Waffen SS conçus en 1939, sont dirigés par Himmler. Leur idéologie est basée sur les théories raciales nazies qui divisent et hiérarchisent l’espèce humaine en « races ». Au sommet se trouve la « race aryenne », supérieure, tandis que les races les plus détestées par les nazis sont les Juifs, les Slaves et les Tziganes, qui forment la classe des « sous-hommes ».
[2] La Milice est une organisation politique et paramilitaire française créée en 1943 par le régime de Vichy, face au progrès de la Résistance. Elle aide la Gestapo et l’occupant dans la traque des Juifs, des résistants, des réfractaires au STO (travail obligatoire en Allemagne) de tous les autres « déviants » dénoncés par le régime de Vichy et les collaborateurs fascistes.
[4] Reconquête fait référence à la Reconquista nom donné aux conflits entre les royaumes chrétiens du Nord de l’Espagne et les territoires musulmans d’Al-Andalus. Ces conflits s’étendent de la première croisade des Omeyyades en 711, à la prise de Grenade en 1492, qui acte la disparition du royaume musulman de la péninsule Ibérique, après plus de 780 années de présence.
[5] Le grand remplacement est une théorie complotiste xénophobe, développée en 2010 par Renaud Camus. Elle affirme qu’il existerait en France un processus de substitution de la population française par une population non européenne, originaire en premier lieu d’Afrique (subsaharienne et Maghreb).
[6] Le concept vient de Samuel Huntington, un politiste américain développé dans « Le Choc des civilisations et la refonte de l’ordre mondial » en 1996.
[7] voir la séquence : la bataille culturelle menée par l’extrême droite
[8] Le parc d’attraction du Puy du Fou, crée par Philippe Le Jolis de Villiers de Saintignon plonge les visiteurs dans des mondes d’époques disparus, développant la confusion entre légendes merveilleuses et vérité historique.
Les émissions de Stéphane Bern restreignent l’histoire à l’histoire des familles royales et régnantes en Europe et à leurs résidences luxueuses, oubliant la majeure partie de la population.
[9] Voir note 12
[10] voir la séquence : Les stratégies de prise de pouvoir de l’extrême-droite
[11] Ces propos valurent à Le Pen d’être condamné en justice pour contestation de crimes contre l’humanité.
[12] La rafle du Vel’d’hiv pour laquelle « l’état français » a mobilisé neuf milles policiers et gendarmes français, a permis d’arrêter treize milles personnes juives dont majoritairement des femmes et des enfants. Ils furent envoyés par les trains de la mort vers le centre d’extermination d’Auschwitz.
[13] Adolf Hitler a fait ratifier la fusion des deux fonctions par un référendum plébiscitaire.
[14] Voir : L’extrême droite gagne du terrain dans le monde.
[15] Voir le séquence : L’abandon des droits humains pour régler les conflits.
[16] Pierre-Yves Bocquet l’a analysé. Si le Rassemblement National au pouvoir réussissait à faire passer une telle loi constitutionnel, ce serait un changement de régime. La France romprait avec les principes hérités de la Révolution française. Le programme dit de « préférence nationale » ou de « priorité nationale » du Rassemblement national n’est rien d’autre qu’une discrimination légale inscrite dans la Constitution.
Il remettrait en cause les principes fondamentaux de la République, notamment l’universalité des droits, en interdisant aux étrangers – et uniquement à eux, parce qu’ils sont étrangers – d’avoir accès à un certain nombre de droits.
[17] La cour d’appel a chiffré le préjudice total du Parlement européen à 2,8 millions d’euros entre 2004 et 2016.
[18] en février 2004 sur France 2En février 2004 sur France 2 dans l’émission "Mots croisés".