Un château en Espagne

télé-film de France Télévison
dimanche 28 juin 2026
par  Paul MASSON
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Corinne Masierro n’est pas seulement l’actrice qui joue Capitaine Marleau dans une série policière, c’est une femme du Nord qui aime son pays et les gens qui l’habitent.

Je vous invite à regarder Un château en Espagne. C’est une comédie dramatique qu’elle a réalisée pour France Télévision. Les rôles principaux sont tenus par Romane Bohringer, et Aïssa Maïga.

Le film passera le 1er juillet à 21h10 sur France 2, mais il est déjà disponible en replay. Personnellement, je l’ai regardé deux fois et je vais le revisionner tant son contenu est dense.

Si je vous invite à voir ce téléfilm sur le mal-logement, - surtout si vous n’êtes pas du Nord-Pas de Calais - c’est d’abord parce que le film restitue le regard d’une amoureuse de son pays, sur son pays.
Il y a de très belles images sur les dunes et les grandes plages de la Côte d’Opale, également de très beaux arrières-plans avec les usines et entrepôts de Dunkerque, ou sur Calais, reconnaissable à son beffroi qui dépasse...
Surtout la réalisatrice, fille du Nord, ne donne pas prise aux représentations stéréotypées des habitants de son pays. Ni à l’image d’Épinal, des « gens du Nord [qui] ont dans le cœur le bleu qui manque à leur décor. » [1], ni aux clichés souvent véhiculés dans des reportages tournés dans le Nord-Pas de Calais : le Nord, sa misère sociale, ses « cassos », ses délinquants, et depuis quelques années, ses déficients mentaux qui votent Rassemblement National. Le film montre des gens normaux qui vivent des situations difficiles, essaient de s’en sortir, s’engueulent, s’organisent…
Bien sûr, pour rendre le comique et le tragique, la réalisatrice fait appel a des outrances et des stéréotypes. Le comique tient également du choix des actrices et des acteurs. Il semble que la réalisatrice ait voulu présenter toutes les catégories de population existantes (et certains personnages ont des têtes particulièrement bien choisies). Elle a également multiplié les situations de vie difficiles de ses personnages. ( décès du conjoint-père de famille, veuve en emploi à temps partiel, épouse sans fiche de paye lors du divorce alors qu’elle a travaillé plus de 20 ans pour son mari, compétences acquises par une longue pratique non reconnue car non validées par un diplôme, rejet d’un fils par ses parents du fait de son homosexualité… )

La commande du téléfilm concernait le mal-logement. L’histoire se trame autour d’un immeuble vide, à l’abandon. Un petit et un gros escrocs en quête d’argent facile, l’achètent, prétendent le réhabiliter en logement social, n’y font aucun travaux et attendent la réhabilitation du quartier pour le revendre deux ans plus tard avec une forte plus-value. Avec humour la réalisatrice aborde l’organisation sociale autour du logement. En plusieurs fois on entend les phrases « Il y a trois milles logements vides » et « il y a deux milles familles sans logement. »
La justice est également mobilisée. Au nom du droit de propriété, elle protège les deux escrocs légaux et condamne les femmes qui ont organisé le squat et logé les sans-abri. Mais le film n’est pas manichéen, il entre dans le complexe, par exemple, c’est le petit escroc qui a fait l’emprunt, et il devient lui-même victime du plus gros.

Un film où on s’amuse et qui fait réfléchir. Il passe à la télé, ne le manquez pas car il ne sera pas programmé dans les salles de cinéma.

Retrouvez l’agenda des prochaines animations


[1Image immortalisée par la chanson « Les gens du Nord » d’Enrico Mathias


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