Un homme en colère(s)
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Un homme en colère(s) de Didier Andreau [1] est d’abord un témoignage ; le témoignage d’un enfant du peuple, né en 1963, ballotté dans le chaos familial et social, qui va réussir à se construire un parcours professionnel de formateur dans une école d’éducateurs.
Dans l’enfance, au centre social du quartier et dans les centres aérés, il bénéficie d’une initiation à l’éducation populaire et en éprouve un certain bien être. Adulte, la colère sociale qui l’habite, le conduit à l’investir en même temps qu’il s’engage dans l’action syndicale.
Tout au long de son parcours de vie, l’auteur cherche à se former. L’illettré devient éducateur spécialisé. Il cherche à acquérir la reconnaissance de ses compétences par l’obtention de diplômes que son parcours scolaire ne lui a pas offerts. Il s’agit pour lui de compenser le handicap social lié à son origine de classe.
Son désir de reconnaissance personnelle reste inscrit dans une volonté de transformation sociale au service de son milieu d’origine. Formation, éducation populaire, pratique professionnelle et action militante sont étroitement liées. Objecteur de conscience en 1987, à l’époque des luttes des chômeurs avec la création d’AC ! (Agir contre le chômage) il participe à une Recherche-action sur le chômage de longue durée. Et l’objet social de Colères du présent une association qu’il initie et connaîtra une notoriété à Arras et bien au-delà, avec le Salon du livre du 1er Mai est ainsi défini : « Promouvoir l’écriture et la littérature d’expression populaire et de critique sociale auprès d’un large public, avec une attention particulière pour les publics éloignés de la lecture et de l’écriture. » L’association « agit pour l’organisation de manifestations culturelles et contribue ainsi à la lutte contre l’exclusion sociale et culturelle ». Salarié d’un centre de formation initié par les CEMEA, il milite pour que la formation ne dérive pas vers une formation à l’encadrement social.
L’auteur est également fidèle à son milieu d’origine par la chanson, le véhicule culturel privilégié des classes populaires. Les chansons de lutte ont contribué à sa formation ; accompagné de quelques musiciens il constitue un groupe « Ni Dieu ni Maitr’onome ». Leurs spectacles valorisent ce véhicule culturel, popularisent les chansons engagées qu’il a connues dans sa jeunesse, dont François Béranger, et transmettent le patrimoine des classes populaire.
L’énergie débordante qu’il déploie use l’organisme, le surinvestissement à l’extérieur de son foyer conduit à des échecs conjugaux et familiaux. La maladie et le questionnement de sa fille aînée conduisent l’auteur à s’interroger sur les mécanismes qui se répètent dans son schéma de vie. Il va chercher ce que sa constellation familiale transporte ; découvrir comment, sans le savoir, ses ancêtres guidaient ses pas. Et, celui qui, un temps, a utilisé l’histoire de vie en formation, va écrire Un homme en colère(s), sa propre histoire de vie.
L’épilogue du livre, est une réponse à la réflexion banale d’une connaissance à qui l’auteur exprime son travail avec un biographe : « Tu ne serais pas un peu mégalo ? » Cette phrase, nous dit l’auteur, semble résumer toute une vie. Toute une tension. Toute une structure sociale. Il s’explique. Cette dernière partie, riche en analyse, semble résumer toutes les colères de l’auteur. Pour moi, François Béranger, dont Didier Andreau a rendu les textes en récital, donne une dimension supplémentaire à ces colères.
...Chanter, c’est pas vivre mais c’est l’espérer
Chanter, c’est survivre quand on est vidé…
J’ai, chevillé dans le cœur, un rêve de bonheur,
Un jour nouveau qui se lève chasse mon chagrin [2]
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Annie Ernaux et autres conflits de loyauté culturelle
Résilience d’une double humiliation
C’était pas gagné !…
et
Chemins et mémoires
à venir :
Les couleurs troubles de l’enfance
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[1] Un homme en colère(s) de Didier Andreau ( Entretiens avec Laurent Boucher ) Auto-Édition 2025 15 € à commander à didier.andreau811@orange.fr
[2] Tous ces mots terribles François Béranger 1975