Chronique d’un point chaud sur une terre en feu

Chronique littéraire
mercredi 6 août 2025
par  Paul MASSON
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Le livre de Jean Luc Dupuis [1] est une œuvre littéraire, son style est marqué par la forme des grands romans du XIXe siècle, dont l’auteur est pétri. L’écrivain a trouvé son style, le texte est puissant et la lecture fluide. L’ouvrage, qualifié de roman, voit cohabiter, sans s’unifier tout à fait, deux ouvrages dont l’un, telle une poupée gigogne, est inscrit dans l’ouvrage entier.

Le Point Chaud est la poupée gigogne. Dans un quartier négligé d’une ville2 de province, un local sert de lieu d’accueil. Il se nomme le Point Chaud. De 8 h à 12 h, les personnes désargentées viennent y chercher un petit déjeuner. Elles ont également la possibilité de prendre une douche et de laver leur linge. L’accueil est assuré par une équipe de bénévoles dont l’auteur est l’un d’eux. Depuis plusieurs années, il assure la permanence du jeudi matin, le plus souvent avec Blandine, une religieuse camerounaise. Chaque chapitre du livre commence par une chronique du Point Chaud. L’auteur y croque les personnages qui passent, rend leur allure, leur tempérament, leur état-d’âme du moment. Il restitue l’ambiance du lieu où les occupants, essentiellement des hommes, cohabitent sans jamais vraiment former une communauté. Certains reviennent, s’épanchent parfois. Entre l’auteur et ses compagnons de passage, s’établissent des échanges, une relation humaine. Le lecteur découvre la diversité du peuple de la rue, un peuple mouvant, cherchant une stabilité difficile à trouver. Chacune et chacun de ses membres a une histoire personnelle, un parcours de vie, souvent chaotique, souvent douloureux. L’auteur nous fait également part des réflexions qui lui viennent lorsque, quittant le Point Chaud, il retourne à son foyer confortable, à sa vie réglée. Il nous aide à voir un monde proche de chez nous que nous ignorons.

L’écrit sur le Point Chaud, poupée gigogne, aurait pu, à lui seul, constituer un ouvrage remarquable, un témoignage vivant sur la vie de personnes bousculées par la vie : les abîmés de l’existence. Mais, le choix de l’insérer dans une terre en feu, fait du Point Chaud une composante de cette terre et l’ouvrage change de nature. Il devient un cri et une réflexion sur l’humanité. La présentation du Point Chaud en offre une approche locale et le reste une approche globale. Quelques fois l’auteur fait un lien explicite entre les deux approches comme dans le chapitre où il parle des jeunes marseillais tués par le trafic de drogue, après avoir parlé des consommateurs de passage ou dans celui où il s’appuie sur la révolte de Stéphane, ancien militaire pour développer sa réflexion sur l’armée et les conflits dans le monde. D’autres fois, c’est l’actualité qui lui tient lieu de support à la réflexion. La guerre en Ukraine et le génocide de Gaza reviennent par différentes approches.

De la même manière que Balzac a cherché à peindre la Comédie humaine, Jean Luc Dupuis a voulu peindre la tragédie humaine. Au long des différents chapitres, il aborde les fléaux qui frappent l’humanité en témoin de nulle part, porteur des espoirs immémoriaux de l’humanité, mais accablé par les impasses où elle se fourvoie. Le livre nous fait voyager sur les divers continents d’une information à l’autre. Il nous permet de nous arrêter sur les évènements dramatiques qui passent sans avoir le temps de retenir notre attention. L’auteur nous permet de voir leurs conséquences sur la vie des personnes qui en sont les victimes.

Si dans les paragraphes sur le point chaud, on perçoit l’espérance de l’auteur dans la chaleur humaine qui le lie à ses congénères, dans le reste du livre, elle apparaît peu, si ce n’est dans la mention de luttes émancipatrices qui s’opposent aux drames que les humains engendrent. On pourrait lire l’ouvrage comme un roman philosophique dans lequel l’auteur nous livre son approche de la condition humaine, mais il faut attendre la fin de l’ouvrage pour connaître les conclusions de l’auteur.

On peut également lire du même auteur
- L’aube, le siècle et nous
Une histoire de famille ordinaire à la fin de la chrétienté
Un récit d’une vie éclairé et nourrit constamment de l’histoire des hommes du XXe siècle.
et
- Adrien, une jeunesse emmurée l’histoire d’une relation entre un jeun homme et un vieux prof.
Adrien a dix-huit ans. Il ne manque de rien, mais des douleurs chroniques le retiennent chez lui depuis des années, qui l’ont coupé peu à peu de toute vie sociale. Le professeur retraité qui lui rend visite, a cru deviner un mal qui lui ronge l’âme.


[1Chronique d’un point chaud sur une terre en feu Jean Luc Dupuis L’Harmattan 250 pages 24 €


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