Cet inconscient qui écrit...

lundi 28 octobre 2019
par  Christian LEJOSNE
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Ça produit toujours son petit effet de découvrir la couverture de son prochain livre. C’est ce qui m’est arrivé ce matin. Mon éditeur me l’envoyait par mail pour validation.

Le titre LES DISPARUS DU MARCHE DE NOEL D’ARRAS rappelle un roman de Pierre Véry Les disparus de Saint-Agil dont Christian-Jaque a tiré une adaptation pour le cinéma (avec Mouloudji dans le rôle d’un collégien). Une de mes relectrices m’a appris que Pierre Véry avait écrit un autre roman intitulé L’Assassinat du père Noël. Il semble y avoir, dans le titre de mon livre, un double clin d’œil (inconscient) à Pierre Véry. En fait, il y a bien plus...

En lisant La Disparition de Georges Perec, j’ai été surpris de voir écrit à la même page le nom des villes d’Arras et de Saint-Agil (page 142 pour être précis). Étonnant, non ? La disparition, le manque, la perte, la mort, tout cela est à la source de l’écriture. S’il n’y avait pas de mystère, il n’y aurait pas de raisons d’écrire... Dans La Disparition de Georges Perec, on ne trouve nulle trace de la lettre « e ». Perec a passé sa vie à écrire des choses très différentes qui, finalement, se ramènent à une seule : celle de ses parents juifs, disparus quand il était enfant. Dans un autre de ses livres, W ou le souvenir d’enfance (1), on peut lire : « J’écris parce qu’ils ont laissé en moi leur marque indélébile et que la trace en est l’écriture ; l’écriture est le souvenir de leur mort et l’affirmation de ma vie ». On peut faire l’hypothèse que l’absence d’ « e » (l’absence d’eux) dans La Disparition est la trace dans l’écriture de ses parents disparus (2)... Je viens de lire La nuit, j’écrirai des soleils (3), le dernier livre de Boris Cyrulnik qui avance également cette thèse au sujet de Perec. En lisant Cyrulnik, je me suis souvenu qu’un de mes oncles a disparu à Paris, sans plus jamais donner signe de vie. Pendant un an, mon père passa chaque jour chez mes grands-parents prendre des nouvelles. J’imagine la tête qu’il devait faire en rentrant à la maison. C’était en 1959, en pleine guerre d’Algérie, j’avais un an. Peut-être cet oncle est à l’origine du roman que j’ai écrit ? Moi qui croyais que l’idée d’écrire un livre ayant en toile de fond le marché de Noël d’Arras m’avait été soufflée par mon frère Patrick... A l’époque, je travaillais encore. J’avais passé trois années à me documenter et à écrire un premier livre. Je n’avais pas envie de me coller sur le dos une tâche aussi imposante. J’avais beaucoup souffert à ’’romancer’’ quelques passages de ce premier essai. Malgré tout, l’idée s’est insinuée en moi. Je me suis surpris à observer avec attention les allées du marché de Noël et à envisager comment une histoire pourrait y prendre place. Un polar me sembla la forme la mieux adaptée. Des scènes d’apocalypse ont germé dans ma tête. Des assassinats, des morts tragiques que je notais sur un petit carnet. Puis, j’ai repris le travail. Quand j’ai pu disposer de tout mon temps pour écrire, l’idée d’écrire un roman a refait surface, un peu comme un défi... Mais le scénario élaboré en 2012 ne me convenait plus. Des morts tragiques, le 20 heures en annonce chaque soir, pas besoin que j’y ajoute ma part. Pas besoin que j’alimente la bête ! C’est dans cet esprit que j’ai écrit un polar sans mort, sans flingue et sans tuerie. Ce roman s’est écrit pendant que se déroulait le marché de Noël d’Arras. Entre le 6 décembre 2017 (jour de la mort de Johnny Halliday... qui fut l’idole de Gilles, mon autre frère, quand il était jeune) et le jour de Noël. Tout le contexte du roman est vrai, même si rien n’y est exact...

Nicolas, l’enfant qui mène l’enquête, est sourd de naissance. Il a été opéré à l’âge de trois ans quand ses parents ont découvert sa surdité. On lui a mis un implant cochléaire ce qui lui permet de suivre une scolarité à peu près normale. Cela n’empêche pas Nicolas de souvent débrancher son système auditif. La surdité renvoie au silence, aux blancs à combler, aux non-dits, toutes ces choses qui incitent à l’écriture. Après coup, je me suis demandé pourquoi j’avais pris pour héros un enfant sourd. Enfant, je me suis souvent senti privé de parole. Dernier d’une fratrie de trois (mes frères ont 7 et 10 ans de plus que moi), nous vivions les uns sur les autres dans une petite maison. Au moment des repas, chacun se battait pour prendre la parole. C’était rarement moi qui gagnais. Dans ce livre, j’offre une vraie place à un enfant ayant des difficultés d’élocution. Une sorte de revanche ? Les disparus du marché de Noël d’Arras sort courant novembre (4). Une histoire à suivre...

Christian Lejosne

(1) Ces livres de Perec sont édités chez Gallimard
(2) Cf. l’article se rapportant à Georges Perec dans mon essai Un fil rouge, L’Harmattan, 2017
(3) Odile Jacob, 2019
(4) Plus d’infos sur la sortie du livre sur mon site


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