L’été meurtrier

lundi 9 septembre 2019
par  Christian LEJOSNE
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Cette année encore, l’été a été caniculaire. Avant, je rêvais de lire pendant des heures à l’ombre d’un ventilateur en sirotant une boisson fraîche... Aujourd’hui, mes anciens rêves ressemblent à des cauchemars !

J’ai tout de même lu cet été... En particulier une nouvelle revue, intitulée YGGDRASIL (1) ; sous titre : Effondrement et renouveau. Malgré le renouveau, pas de quoi se remonter le moral. La terre va mal. Les plus pessimistes (des collapsologues) prédisent un grand cataclysme sous dix à vingt ans avec une planète pouvant perdre les neuf dixièmes de ses habitants. Les plus optimistes annoncent une succession d’effondrements avant la fin du siècle rendant la vie telle que nous la connaissons aujourd’hui radicalement impossible, et donc radicalement différente... (le côté optimiste c’est qu’on ne regrettera pas certains trucs : genre la dizaine d’appels téléphoniques quotidiens de démarchages publicitaires... Cet arrêt ne viendra pas de nos parlementaires qui élaborent actuellement une loi obligeant les centrales d’appel à afficher leur numéro de téléphone afin d’informer l’usager de la provenance de l’appel : France ou étranger. Non, il viendra du fait qu’il n’y aura plus d’électricité dans nos fils ni de réseau dans nos téléphones). Dans les années soixante-dix, je lisais La Gueule ouverte (sous-titré Le magazine qui annonce la fin du monde). Ce journal était réalisé par une bande de chevelus qui fumaient parfois la moquette. Yggdrasil dit la même chose, de façon plus sérieuse et plus pragmatique. En cinquante ans, les scientifiques ont pris le relais des fumeurs de moquette sans que rien (ou pas grand chose) n’ait véritablement changé dans les politiques publiques (appel à nos hommes politiques : Eh les gars ! On n’a plus cinquante ans devant nous, faudrait se magner !)
Ce n’est pas, non plus, la lecture des huit cents pages du livre de Howard Zinn Une histoire populaire des États-Unis (2) qui m’a remonté le moral. On en apprend de belles sur le sort (désastreux) réservé aux Amérindiens, aux Noirs, aux femmes et aux pauvres ainsi que sur la politique étrangère de ce charmant pays (sa doctrine première a toujours été la conquête de nouveaux marchés, acquis par la ruse ou à défaut par la guerre). Avant que mon ventilo ne me lâche, j’ai lu un pavé de sept cents pages qui m’a mis cul par dessus tête : La petite femelle (3) de Philippe Jaenada. L’auteur écrit en historien et en biographe et garantit au lecteur qu’il n’invente et ne truque rien. L’histoire véridique donc, de Pauline Dubuisson, une jeune femme accusée du meurtre de son amant dans la France de 1953. Elle prendra perpette lors d’un procès où magistrats et médias la mettront plus bas que terre (comme quoi rien ne change !).
Une lecture attentive de la presse estivale m’a appris qu’Anne Vanderlove avait fait sa dernière ballade en juillet (et non pas en novembre comme le prédisait une de ses chansons). Avec ses cheveux longs, sa guitare sèche et sa voix à la Joan Baez, elle avait conquis mes années d’adolescence. Longtemps, j’ai méprisé celles et ceux qui préféraient l’autre Anne de la chanson (Anne Sylvestre). Anne Vanderlove avait prêté sa voix à l’enregistrement d’un des premiers disques de Gérard Manset La mort d’Orion (excellent album de 1972 que Manset, le perfectionniste, retira un temps des bacs des disquaires afin de le retravailler).
Mes lectures ajoutées à la canicule avaient imprégné l’été d’une profonde tristesse. Quand, un dimanche soir, mon chat préféré (voir chronique de juin) décida de partir sur la pointe des pattes pour ne plus revenir, l’époque devint franchement désespérante. Un voisin dit avoir vu, près de chez nous, un chat écrasé lui ressemblant comme deux boules de poils... Cela ne faisait que six mois que nous vivions ensemble mais il avait une intelligence du cœur telle qu’il m’était devenu indispensable. Qu’on me laisse à mes souvenirs, qu’on me laisse à mes amours mortes, il est temps de fermer la porte, il se fait temps d’aller dormir... (4)
Christian LEJOSNE

(1) Magazine trimestriel, en kiosque et sur abonnement. Cf. https://yggdrasil-mag.com/
(2) Édition Agone, 2002-2014
(3) Julliard, 2015 – Points, 2017
(4) Ballade en novembre, Anne Vanderlove, 1967


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