Une chanson qui nous ressemble

vendredi 7 octobre 2016
par  Christian LEJOSNE
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Le Prix Jacques Douai (1) récompense chaque année un artiste ou une structure qui, par son action, fait vivre la chanson francophone et les idéaux que Jacques Douai a portés toute sa vie : célébration de l’art de la chanson, respect et souci d’élévation du public, émancipation par la culture et l’éducation populaire. Cette année, ce Prix a été décerné à Jean-François Grandin, animateur d’une émission de radio locale de Trappes et à Christian Camerlynck. Que Christian Camerlynck ait reçu ce prix n’est que justice !

Cela fait 40 ans qu’il chante et défend la chanson, en tant qu’interprète et en tant que formateur. 40 ans qu’il fait connaître le répertoire à des publics de toutes sortes, en MJC, dans les écoles, les hôpitaux et lieux de spectacles. Je l’ai connu à l’occasion d’un projet que l’association Di Dou Da d’Arras souhaitait mettre en place. Réaliser une création collective commémorant le cinquantième anniversaire de la déclaration des Droits de l’Homme avec 300 enfants d’écoles élémentaires. Cette rencontre transforma les enfants, leurs enseignants et les perspectives de l’association. Ce projet, nous l’avons porté collectivement. Je me vois encore, intimité, lors de la première rencontre avec Christian Camerlynck, venu pour que l’on fasse connaissance et que l’on définisse les grandes lignes d’une collaboration qui dura plus de trois ans. Et perdura ensuite sur d’autres initiatives… Je l’ai accompagné pour expliquer, convaincre, négocier des moyens, animer des réunions. Je lui ai servi de chauffeur. J’ai repassé son costume de scène, porté le matériel scénique, géré les entrées des spectacles… Alors, quand Jacques Bertin remit son « diplôme » à Christian Camerlynck, ce fut un peu comme si toute l’équipe de Di Dou Da en recevait, par procuration, une petite partie… C’est aussi ça, l’éducation populaire : le partage des tâches et celui des récompenses. Même symboliques ! Dans le succulent discours qu’il fit à cette occasion (2), Christian Camerlynck exprima ce que la chanson lui avait apporté : « les chansons m’ont ouvert à tous les arts. Les chansons m’ont appris à écouter l’autre, elles m’ont ouvert à la curiosité.  » Il en appela aux auteurs : « Habillez-nous de tous vos mots d’amour. Ils parlent de nous et nous protègent si bien. »
On n’imagine pas à quel point la chanson accompagne nos vies. A l’image de Rimbaud faisant des correspondances entre voyelles et couleurs, à chaque épisode important de nos vies, il serait possible d’associer une chanson. La première chanson dont j’ai cherché à comprendre la signification est Nantes de Barbara. Peut-être parce qu’elle commence comme une comptine : Il pleut sur Nantes, donne-moi la main... Je ne suis pas certain d’avoir ce jour-là compris que Barbara parlait de la mort de son père – je devais avoir sept ou huit ans – mai j’avais intuitivement senti l’émotion que dégageait cette chanson. Il y eut aussi mon frère me faisant écouter Jusqu’à la ceinture de Greame Allright, quand j’avais une dizaine d’années… Reprenant les arguments maternels, je lui dis d’un ton horrifié en regardant la pochette du disque « Mais c’est un Anglais !  ». Et mon frère d’insister pour que je l’écoute, sans a priori. Il y eut Pink Floyd découvert grâce à mon ami Pierre qui passait Echoes en boucle, lorsque, adolescent, j’allais le visiter dans sa chambre. Les escapades dans la Renault 5 de Bébel à écouter à fond Riders on the storm des Doors, dont le rythme se mariait à merveille à l’alignement des platanes de la route que nous empruntions. Rouge-gorge de Gérard Manset que l’on partageait, au point de nommer de ce nom la SCI que l’on créa avec Laurent et Denis… Quand j’ai connu celle qui devint ma femme, je ne lâchais pas mon walkman, écoutant Charlélie Couture et ses Anglais en vacances… L’invraisemblable conversation avec Bébert au sujet de la chanson de Léo Ferré La mémoire et la mer, en fin de réveillon de Nouvel An, quand tout le monde est épuisé, que seule la hifi continue à donner du volume… Je pourrais ajouter Jean-Jacques et Syracuse ; ma mère et La quête, Lisa et Perlimpinpin, ma femme et tout Bruno Ruiz (c’est une gourmande) ; Christian Camerlynck chantant Je suis comédien, qui me fait dresser les poils à chaque écoute. Ce sont là quelques-unes des situations qui remontent spontanément à la surface de ma mémoire dès que je cherche à associer des personnes et des chansons. Une sorte de mélodie de la vie, pleine de chansons qui nous ressemblent… Pleine de chansons qui nous rassemblent aussi.

Christian LEJOSNE
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(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Douai
(2) http://christian-camerlynck.fr/2016/08/prix-jacques-douai-barjac-2016.html

Voir également
Je chante pour...
et Lettre à Christian CAMERLYNCK


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