Les interprètes passeurs de chansons, artisans d’éducation populaire

jeudi 11 août 2016
par  Paul MASSON
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Christian Camerlynck a reçu le Prix 2016 de l’académie Jacques Douai.
A cette occasion, il a explicité ce que la chanson représente pour lui.
Voici des extraits de son discours.

C’est qui Jacques Douai ?
Comment tu ne connais pas ?
Comment aurait-il pu le connaître ?
Cela m’a questionné sur la transmission.

Je suis un artisan interprète, J’écris des spectacles avec les chansons des autres. Ils disent tellement bien ce que j’ai envie de dire, de partager.
Comment faire découvrir la richesse et la beauté de notre Patrimoine. Les auteurs que nous aimons, nos découvertes ?

Les interprètes éclairent les œuvres d’une autre couleur comme le font les comédiens, les metteurs en scène à qui on ne demande pas s’ils ne sont qu’interprètes ? Les Interprètes sont des passeurs de chansons et d’émotions. Sans Catherine Sauvage, aurait-on reconnu Ferré, Vigneault ? Les interprètes sont les porteurs et passeurs vivants de notre patrimoine

Cela fera 40 ans que je chante professionnellement, jamais je n’ai pensé faire un métier de spectacle. Ni même que la chanson remplirait autant ma vie.
J’ai baigné dans la chanson depuis l’enfance. Et sans m’en rendre compte « j’ai accumoncelé » un répertoire dans des fêtes de famille.
France, la mère de mes enfants, alors militante syndicale et militante d’un mouvement de jeunes, en 1967, me fit découvrir l’Écluse, Marc Chevalier, Marie Thérèse Orain, Francesca Solleville, Jacques Debronckart et beaucoup d’autres.
C’est là dans les cabarets, que j’ai trouvé un sens à ma vie. C’est par la chanson que j’ai fait mes « Humanités ». Les cabarets étaient mes Universités, ma Sorbonne. Félix Leclerc mon Philosophe, Gilles Vigneault mon fabricant d’images et de mots, quand à Jacques Debronckart à chaque fois que ses doigts entamaient l’introduction musicale de « Je suis Comédien » Je pleurais. Aujourd’hui je comprend pourquoi.
Les chansons m’ont ouvert à tous les arts. Les chansons m’ont appris à écouter l’autre, elles m’ont ouvert à la curiosité.

Marc Chevalier est l’Homme que j’ai choisi comme modèle, une sorte de Papa, le mien n’ayant pas vécu assez Longtemps. Marc allait à la rencontre du public le plus éloigné des arts, pour Lui faire entendre de la musique, de la chanson, voir des œuvres de théâtres, de Cinéma, de la sculpture , de la peinture...
C’était un pédagogue fabuleux. Sa pédagogie : l’action, le faire. Pas de baratin, faire. « Tais-toi et chantes ». Il me disait souvent : « tu vois ce cycliste, cet Handicapé, cette caissière des autoroutes, Je me demande que peut l’ART, pour eux ? » Comme animateur Socio Culturel, puis comme Saltimbanque j’ai toujours voulu redonné ce que j’ai reçu des artistes. Alors j’ai suivi la route Marc Chevalier.

En 1990 J’ai eu l’intuition que tout le monde rêvait de chanter seul, au moins une fois, accompagné par un musicien. Cette intuition que j’ai eu Il y a 36 ans, nous la vérifions aujourd’hui encore, le bouche à oreille a conduit des centaines, environ 8000 personnes à partager avec nous ce rêve, ces émotions.

Nous avons créée et développée A Corps Voix pour la chanson, afin que ces amateurs puissent découvrir leur Voix, découvrir que nous sommes tous musiciens, que notre Corps est notre premier instrument de musique. Que tous nous pouvons gérer et exprimer nos émotions, tous nous pouvons aimer des chansons que nous ne connaissons pas, les découvrir en les chantant, découvrir des auteurs compositeurs inconnus de nous. Nous voulions créer une sorte d’école du spectateur.
Une collaboration avec DI DOU DA à Arras, a permis la création d’ateliers amateurs, de cabarets découvertes, du festival "Faites de la Chanson" qui en est à sa douzième édition. Nous avons même rencontré des sourds et des malentendants qui voulaient chanter.
Dans des stages destinés à la pratique Amateur de La chanson nous accueillons : des gens qui croient chanter faux, "personne ne chante faux irrémédiablement" , des exclus des conservatoires, des gens qui souffrent vocalement, émotionnellement, des enseignants, des mères de famille des parents qui souhaitent chanter à leurs enfants et aussi des amoureux du chant, des passionnés de chansons.

La chanson n’est pas qu’un produit enregistré en MP4 ou sur un CD. Que l’on écoute en concert, c’est un art vivant, c’est un art au service de l’humain, cette face là qui existe et que les médias ignorent.
Grâce aux amateurs et à l’équipe qui nous accompagnent dans cette aventure j’ai appris davantage mon artisanat, mon métier d’interprète. Les amateurs m’ont fait aimer des chansons que je n’aimais pas, que je déconsidérais, et pourtant une petite chanson de « Merde » dans la bouche de cette femme là, de cet homme là devient souvent un Monument qui me bouleverse.
- cette Dame de Auchy les mines nous chanta « les Corons » avec beaucoup de vérité et de cœur et, à la fin de son interprétation, s’adressant à Laurent Aichhorn qui l’accompagnait au piano lui dit : "ben oui parce que mon homme il est resté dedans".
- cette jeune femme qui m’a confié dans une longue lettre que les Chansons d’ Anne Sylvestre l’ont sauvé du suicide
- cette maman qui écoutait et chantait « Bosco » de Tachan et Roseau pour se donner du courage avant d’aller voir, si son enfant opéré du cœur, était toujours vivant. Ce qui a fait dire à Jean Paul Roseau le compositeur de la chanson "Je ne pensais pas que la chanson était aussi importante pour les gens".
- Les comédiens, chanteurs, musiciens qui accompagnent régulièrement les malades de l’hôpital de Troyes pourront vous dire : Sur leur lit de souffrances, les choix des malades ne vont pas forcément vers des chansons littéraires, "Mexico Mexiiiiico !!!", "Une chanson douce", ou encore "la Vie en Rose" les aident à lutter, les soulagent un peu.

La chanson est trop importante pour la laisser exclusivement entre les mains des professionnels.
Les chansons sont musiques et paroles qui s’envolent à la rencontre d’autres musiques, d’autres langues, d’autres cultures, d’autres humains.
C’est pour cela que j’aime tant les chansons et ceux qui les écrivent.

Retrouvez
- l’intégral du discours sur le blog de Christian Camerlynck
- la rubrique Pour comprendre en chanson

On peut lire aussi deux chroniques de Christian Lejosne
- Une chanson qui nous ressemble
et Le coup de Barjac


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