Un plus au débat…

mardi 13 février 2007
par  Paul MASSON
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« J’ai entendu que José Bové allait se présenter à l’élection présidentielle. Penses tu qu’il pourrait apporter un plus au débat ? »

Quand j’ai reçu ce texte par mail, j’ai été gêné. La formulation ne me convenait pas, je ne pouvais pas répondre comme cela, simplement pour une ou deux phrases, j’avais besoin de réfléchir à ce qui me gênait dans cette question.

« Un plus au débat ? » Bien sûr, je pouvais répondre : Cette candidature fait apparaître le lien entre la destruction des ressources de la planète et la paupérisation du plus grand nombre au profit d’une minorité de plus en plus riche. Elle explique le lien entre la « mal bouffe » et la disparition des paysans, ou entre la détérioration des contrats de travail salarié et les bénéfices des actionnaires de la grande distribution….
Je pouvais souligner que, trente ans après le cri d’alarme de « Club de Rome », des forces s’organisaient pour qu’enfin, le politique prenne en compte l’avenir, au delà des 5 ans qui les conduiraient à la prochaine échéance électorale.
Je pouvais reparler de René DUMONT, père de l’écologie politique, candidat aux élections présidentielles de 1974, présentant un verre d’eau du robinet aux téléspectateurs et disant : « Bientôt, ce sera une denrée rare ».
Je pouvais dire, au moment où l’écologie devient un sujet de discours de salon et de publicité commerciale, dire : la candidature Bové exprime un projet écologiste dans lequel l’écologie ce n’est pas l’adition des pistes cyclables, du vélo pour se rendre au bureau, des jardins publics propres et des produits de luxe labellisés bio ou équitable, Elle propose un choix de production socialement utile, pour sauver la planète et améliorer la vie de tous les hommes. Un choix qui nécessite de revoir le coût du foncier et de l’immobilier, de repenser l’urbanisation des banlieues, les modes de transport, les formes de voyages et de vacances. Un choix qui oblige à revoir les priorités de production et de répartition des richesses. La candidature BOVE repositionne l’écologie politique.

« Un plus au débat ? » Je pouvais également répondre que la candidature Bové propose un autre modèle de développement. Elle affirme que la justice sociale et la reconnaissance des plus démunis ne peuvent se limiter à toujours plus de pouvoir d’achat pour toujours plus de consommation -même si l’exigence de justice sociale nécessite une valorisation des plus faibles revenus. – La candidature Bové exprime un projet de société où l’activité humaine ( l’économie) est pensée en référence à l’épanouissement des membres de la société et non au profit d’une élite. Un projet de société où ce sont les hommes (le politique) qui régulent et arbitrent les choix et non le marché et commerce. La candidature Bové exprime l’aspiration à un autre monde possible.

Bien sûr, je pouvais répondre cela, pourtant, quand j’ai reçu la question, ces aspects là me sont parus secondaires. Un peu comme si on demandait à un physicien le plus que Galilée, Newton ou Einstein ont apporté à la physique. J’entends déjà les « ho là, là, Bové, nouveau Galilée, nouveau Newton, nouvel Einstein ! du délire ! », et bien non, je ne pense pas que José Bové soit un nouveau génie de la politique. Mais je pense qu’un phénomène complètement nouveau est en train de se produire dans le paysage politique. Je pense que ce phénomène est porteur d’une recomposition radicale de l’approche du politique dont la candidature Bové est une des expressions.

Ce sera l’objet d’une autre chronique


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