La sensibilité d’Alice Ferney

lundi 27 mai 2013
par  Paul MASSON
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J’ai connu Alice Ferney par un livre que m’a offert une amie. Nous partagions, elle et moi, la même sensibilité à l’écoute des plus pauvres.

- Avec ce roman, « Grâce et dénuement », je partage l’intimité d’une famille de gitans à travers le regard d’une libraire qui vient leur rendre visite pour initier les enfants à la lecture. Je découvre la sensibilité de l’auteur et sa capacité à rendre les voix intérieures de ses personnages.

- Quelques années plus tard, dans « L’élégance des veuves », j’entre dans l’intimité de la condition féminine : la mise au monde d’un enfant, l’attachement et l’absurde de la mort sur ces vies qu’on a fait naître. Je retrouve, avec peut-être plus d’intensité encore, la même sensibilité, la même finesse dans la description des sentiments, la capacité de l’auteur à rendre compte du ressenti non dit.

Ces deux petits romans sont des perles fines.

- « Dans la guerre » est plus volumineux. En 1914, Jules part au front. Félicienne, sa jeune femme reste à la ferme des Landes avec leur fils, sa belle-mère Julia et le chien. Au fil des chapitres nous découvrons alternativement la vie et les ressentis de Jules et des ceux du front, la vie et les ressentis de Félicienne et de Julia restées à la maison. Avec les morts et les misères qu’engendre la boucherie, la confrontation des deux femmes s’exacerbe. Félicienne accepte de moins en moins le patriotisme fataliste de la belle-mère.
Mais, comme « L’élégance des veuves », « Dans la guerre » est également un roman sur les conditions de vie imposées aux femmes.

Juger plutôt :

« T’attendrais, t’attendrais le retour des hommes, le mari, les fils. Mais ce serait en vain, et tu récolterais l’annonce de leur mort. Tu découvrirais que les fils et les maris obéissent à l’État. Ceux que tu croyais à toi pour toujours ! Tu les regarderais partir, tu les imaginerais dans la guerre, tu lirais dans les journaux le présage de leur mort patriotique, tu relirais dix fois leurs lettres" (p 160)

Et un peu plus loin, l’auteur fait dire à un soldat :
« Non, finit Artéguy, tu vois, je préfère encore être un homme et agir plutôt qu’attendre » (p 161)

Lisant « Dans la guerre » et « L’élégance des veuves », j’entends en écho la chanson d’ Anne Sylvestre « Une sorcière comme les autres »

... Je vous ai porté vivant
Je vous ai porté enfant
Dieu comme vous étiez lourd
Pesant votre poids d’amour
Je vous ai porté encore
A l’heure de votre mort
Je vous ai porté des fleurs
Je vous ai morcelé mon cœur

Quand vous jouiez à la guerre
Moi je gardais la maison
J’ai usé de mes prières
Les barreaux de vos prisons
Quand vous mourriez sous les bombes
Je vous cherchais en hurlant
Me voilà comme une tombe
Avec tout le malheur dedans ...

Ces trois livres ont été édité par Babel

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