Mots du cœur, mots de l’exil, mots oubliés….

vendredi 19 juin 2009
par  Nicole DUPUIS
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J’éclaire en ce moment mon cher temps perdu de « mots qui nourrissent et qui apaisent, » glanés par l’écrivain Charles Juliet dans ses lectures et rassemblés dans un de ses derniers livres. Je savoure ces bouts de pensée, de respiration des autres, ces joyaux d’existence et d’éternelle poésie qui l’ont « aidé à se connaître, à lui ouvrir son chemin » et dans la source desquels je me laisse emporter..... Ce texte, par exemple d’Alice Miller « Ce ne sont pas seulement les « beaux » et les « bons » sentiments qui font que nous sommes vivants, qui apportent de la profondeur à notre existence, mais souvent, au contraire, ces sentiments inconfortables, inconvenants, que nous préférons éviter : la honte, l’envie, la jalousie, le désarroi, la rage, le chagrin, le sentiment d’impuissance..... »
Merci à Alice Miller de rendre d’un seul coup, avec ces mots-là, toute leur lumière et leur densité humaine, à mes labyrinthes intérieurs, à l’enchevêtrement de tant d’émotions obscures, de fragilités inavouées..... cet écheveau d’être et de vivre, qui, face à l’éclat de tant de discours assurés, n’ose pas s’épanouir au grand jour.
Dans ce livre de Charles Juliet, toujours sur le thème infini de l’Être, Pedro Almodovar s’exprime ainsi « J’essaie d’être disponible à la moindre émotion. C’est merveilleux d’être ému par ces moments inespérés qui font partie de la vie....simplement prendre le temps, regarder les autres, se laisser envahir par un sentiment... je cherche à représenter ces sentiments suspendus » Et, plus loin, Pasternak. : « Je vis d’imaginer ce que l’autre ressent » Est-ce sous l’influence de tant d’écrits désaltérants, que s’est mis à couler sous ma plume, en atelier d’écriture, le texte qui suit.?
Guidée par une phrase de l’écrivain Georges Perros (qui ne pouvait plus parler, suite à une laryngectomie), ma page blanche m’a emmenée vers l’ancien pays de mon père, l’« Alzheimer »,... et vers ces exils ou tant d’autres humains errent encore, entre le cahot des mots et le vertige des émotions. J’ai senti soudain pointer, comme des petites flammes éperdues, les désirs, les plaisirs, la douleur, la tendresse, qu’il ne savait plus dire, mais qui restaient, j’en suis sûre, le souffle de son quotidien, J’ai imaginé ses mots : « Au bord des hommes, comme au bord de la mer, j’entends le bruit de leurs paroles, comme celui des vagues, mais je ne peux plus me baigner » J’ai perdu, la lueur du phare qui donnait le sens, la bouée des mots qui allait de ma rive à toutes les autres, légère et constante. Je cherche en vain l’étincelle qui remettrait la vie aux rouages de ma parole blessée. S’ils savaient pourtant, ceux qui s’attardent au bord de mon désert, comme elles sont encore intactes et brûlantes les vibrations multiples de mes sentiments. Je ressens plus fort que jamais l’éblouissement de la joie, quand une main se pose sur mon épaule, qu’un pas aimé traîne dans mon ombre, avec sa petite musique de mots ordinaires, que mes rêves bourgeonnent dans la ramure d’un hêtre au soleil. Mais je ne peux plus rien en dire....sauf avec mes regards et mes bredouillements....... où se perdent tant de mouvements du cœur,... tant de peurs, mêlées d’extase et de désirs, que seule la richesse des mots pouvait dépeindre avec finesse …. et face au mur de ma prison, ce grand cri de colère qui parfois me brûle le bord des lèvres.... Et puis ma soif de dériver encore avec mes compagnons de cœur, dans le foisonnant langage des vivants... Cet élan de partage qui s’embourbe dans ma voix mutilée, et tourne en rond dans mes silences......Et puis cet implacable regret de n’avoir pas assez dit, au temps où c’était possible, à tous ceux que j’aime combien je les aime... Cet éventail de mots tendres et fous, qui danse dans ma tête, et que j’essaie d’offrir à celui qui passe par ce qu’il me reste de voies humaines : tous les fibres de mon corps, de mon visage, la tiédeur de mon front qui se niche, de mon bras qui s’attarde, l’égarement soudain d’une étreinte, d’une longue bouffée de larmes.

Nicole


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