Le fond est dans la forme

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dimanche 16 novembre 2008
par  Paul MASSON
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envoyé "POLITIS"

Jeudi 16 octobre, je me suis rendu à Méricourt (Pas de Calais) pour une soirée que l’association « Pour POLITIS 62 » organisait. Cette soirée a été riche et prometteuse, elle m’a confirmé que l’initiative de l’appel de Politis était bienvenue et à promouvoir.
J’ai été surpris lorsque les participants du Pas de Calais ont rendu compte de la manière dont s’est déroulée la journée du 11 octobre à Paris. Ils ont expliqué que des tribuns, dont il vantait les qualités, se sont succédés à la tribune devant un parterre d’auditeurs. La forme de cette rencontre m’a surpris, choqué même.

Cette forme d’échange reproduit la culture dominante instituant une coupure entre l’élite qui tient le discours (économique, politique, culturel, religieux, révolutionnaire même…), et le grand nombre invité à écouter cette élite experte. Occasionnellement, dans des formes convenues, un petit nombre du grand nombre à le droit de poser des questions.

Elle reproduit cette approche du politique où « le peuple souverain » est invité, à intervalles réguliers à voter pour celui qui aura su le mieux le séduire par son discours électoral.
Cette forme permet, dans le meilleur des cas, de choisir entre des pensées pré-élaborées par une élite, dans le pire, de choisir le plus démagogue. En tous cas, elle ne permet pas de construire de la pensée collective. Elle reconduit le rapport au politique que les citoyens boycottent ou rejettent : ce rapport où chacun n’est pas invité à s’exprimer sur le monde qu’il souhaite, mais à choisir entre des visions pensées par d’autres que lui. Politiquement, cela conduit à laisser le pouvoir aux élites, à protéger leurs intérêts et ceux de leurs alliés et laisser le grand nombre floué.

La construction d’une nouvelle force politique nécessite d’inventer une nouvelle culture politique et les formes qu’elle peut prendre. Il s’agit de changer le rapport entre ceux qui pensent et ceux qui suivent, repenser une démocratie plus large qu’un jeu d’addition. Cela nécessite obligatoirement une autre manière de s’organiser pour penser le politique : permettre l’expression de chacun, l’écoute de tous, le choc des idées et la production des représentations nouvelles qui naîtront de ces échanges. Des méthodes pour réfléchir ensemble, y compris en grand nombre existent, il faut les utiliser et commencer tout de suite.

Notre projet, pour réussir, ne peut pas se limiter à changer les étiquettes de Partis, à changer le personnel politique ou les élites pensantes. Il faut changer la manière de produire la pensée et pour cela, il convient de revoir les formes des échanges. Aussi faut-il se hâter lentement à revoir notre organisation car l’écoute prend du temps, et l’apprentissage se fait par essais et erreurs.

Militant d’éducation populaire depuis 35 ans à Culture et Liberté, depuis 6 ans à ATTAC, c’est à cette tâche que je m’attache. Je pense que l’appel de Politis, et d’autres initiatives, peuvent contribuer, à créer une lame de fond révolutionnaire. Notre pays, notre Europe, notre monde en a besoin.

Arras, le 26 octobre 2008

Paul MASSON


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