Il est revenu le joli temps du muguet

mardi 8 juillet 2008
par  Nicole DUPUIS
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Il est revenu le joli temps du muguet, et avec lui, notre vivifiante croisière « Atelier d’écriture », entre les parfums mouillés de la verte FAUGERE et les inépuisables salades de l’amitié….

Oui il est revenu le temps de nos regards penchés au silence de nous-mêmes, le temps de nos stylos aventuriers, s’abreuvant ensemble à l’encre de nos secrètes vérités, entre clins d’œil complices et larmes réveillées. Une fois de plus, nous nous sommes étonnés de tous nos sentiers de vie, débroussaillés soudain par nos mots inattendus. Une fois de plus, nous nous sommes désaltérés au grand large des autres, étourdis par tant de beauté éclose sur leur page, par la force de tant d’humanité partagée.

Une fois de plus ont émergé nos enfances, avec leurs îlots de tendresse, ou se profila la première étoile de notre chemin, et leurs petits naufrages, ou nos pas d’hommes et de femmes s’embourbent encore.

Au seuil de la nuit

Ça y est ! nous voilà couchés tous les trois ! Papa vient de fermer la porte de la chambre. Après le « Tagada, tagada, poum papoum », qui nous fait sauter dans ses bras, chaque soir sur la route du coucher, nous nous retrouvons seuls, prisonniers de nos lits à barreaux, pour la longue traversée de la nuit. Après la drôle histoire d’animaux, les derniers baisers qui piquent, les « dormez bien » qui ne font pas dormir, nous voilà seuls, navigant chacun pour soi, dans le froid de nos couvertures. Seuls, mais en même temps très proches, dans cette grande chambre commune, noyée d’obscurité, ou la moindre planche qui craque ressemble au pas du voleur qui s’est introduit par la véranda. Cette proximité nous est d’un fameux secours, pour vivre cette interminable heure d’inquiétude. Pour lutter contre l’adversité.
Mais c’est pourtant la grande solitude qui prend bientôt le dessus et me submerge…Oui, je me sens si seule face aux ombres de la nuit, aux crépitements mystérieux du silence, à la menace sournoise des rats qui se préparent dans le noir à creuser le mur pour nous envahir… Comment est-ce possible que je m’endorme ?
« Patrick, y a pas de rats ? »
Pas de réponse. C’est le plus petit, le plus fatigué .Il dort déjà. Je lui en veux de nous avoir faussé compagnie. A trois nous étions plus forts.
« Jean-Luc, y a pas de rats ? »
« Non, c’est dans les champs. »
« Nicole y a pas de rats ? »
« Non, c’est dans les champs »
Comme à cette minute je l’aime ce frère ! Rien que pour être là avec moi, dans ce grand océan de l’inconnu…. comme ce merveilleux dialogue me rassure ! Comme elle m’est douce la complicité quotidienne de ces mots magiques…. mais pour combien de temps encore, ce soir ?
« Jean-Luc y a pas de rats ? »
Silence
« Jean-Luc y a pas de rats ? »
Silence …
ça y est je suis seule, au fond de l’abîme. Seule face à toutes mes questions, mes angoisses d’enfant, qui, sur le noir des murs s’agitent
avec plus de force encore, maintenant
qu’ils sont tous les deux endormis. Avec mes peurs, je résiste au sommeil mais je sais que je me demanderai demain encore, par quelle magie, j’ai réussi malgré tout à glisser, dans ses bras apaisants.

un festin de rêve

« Venez goûter ! »
Quel souffle de bonheur, cet appel dans l’air glacé de l’hiver !
Nous étions prêts, mes frères et moi, à entamer notre 30ème voyage fantastique à bord de nos trottinettes, dans l’allée chaotique du jardin…. Mais le froid commençait justement à piquer, sous nos moufles de peau et nos estomacs à se réveiller. Ce midi c’étaient des pois cassés, et comme d’habitude nous n’avons rien mangé, malgré l’éternel refrain maternel « on voit que vous n’avez jamais connu la pension ! »
« Vous voulez que je fasse des galettes ? »
Le nez brillant et les joues écarlates, nous respirons avec délices le parfum du vieux fer qui fume déjà sur la cuisinière. Les tartines du pain d’hier s’étalent sur la table, plutôt tristounettes, mais tout est déjà prêt pour qu’elles renaissent dans un festin de rêve : la cassonade blonde, la boite de cacao Van Houten, un reste de confiture de groseilles qui sent l’été….
Ah ! notre mère qui s’active dans la petite cuisine, avec au bout des doigts le vivant plaisir de nous faire plaisir, comme nous avons envie de la serrer dans nos bras !

Est-ce seulement la reconnaissance du ventre ? Mais non, l’amour est si complexe ! Et comme tout, déjà, me semble à la fois simple et multiple, en ce jeudi après-midi, tout pétri de tendre fête, de triste crépuscule, de miettes blondes et d’enfance qui fuit….
Ça y est, le miracle a commencé ! le beurre coule à flot sur les tartines chaudes aplaties par le fer… Le cacao dégouline sur nos doigts gourmands, sur nos tabliers de tous les jours, qui doivent malgré tout durer jusqu’à samedi !
Le silence s’installe entre nos déglutissements avides. Nos regards se croisent. Nous rions un peu. Dehors les ombres commencent à s’étirer sur la véranda. Comme nous sommes bien chez nous !
La saveur inouïe de ces petits goûters d’hiver aux galettes de pain rassis, qui nous semble éternelle, nous ne la retrouverons jamais plus, une fois sortis du rivage d’enfance… Mais nous ne le savons pas encore.

Nicole


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