Lettre à Christian CAMERLYNCK

samedi 19 avril 2008
par  Paul MASSON
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Je te connaissais animateur de stage chanson. Je savais que…
tu sais permettre à un ensemble de personnes venues chanter de devenir un groupe capable de s’aider mutuellement à laisser venir le chant.
Tu sais aider, celui-ci à placer sa voix, celui-là à la faire porter au loin.
Tu sais amener un troisième à poser ses pieds bien à plat sur le sol ou le conduire à débloquer son ventre.
Tu sais devant un quatrième, hésitant, résistant à laisser sortir son émotion, l’autoriser à lâcher prise et
tu sais aussi accompagner ce cinquième au bord des larmes, l’aider à contenir son émoi afin qu’il ne l’emporte pas trop loin.
Tu sais intervenir, mais pas trop, et être là au moment critique….

Je te connaissais animateur d’éducation populaire.
Dans la tradition de Jean Villard et de ces anonymes de l’Education Populaire, tu sais permettre à tout un chacun de vivre ses sentiments, les exprimer, les mettre en mots, les mettre en forme, les prendre avec soi, les partager, les échanger avec d’autres et, de ce fait, augmenter sa capacité individuelle et collective d’agir sur le monde.
En une phrase : Tu sais permettre à un groupe de se cultiver, s’émanciper

Je t’avais entendu chanter.
Je savais que tu sais donner vie à une chanson, l’interpréter, c’est à dire lui faire dire ce que tu en as perçu.
Tu sais par ton chant, capter la foule distraite, lui laisser un message.

L’autre vendredi, j’étais venu t’écouter interpréter Ferré, Leclerc, Debronckart,… J’étais parti découvrir d’autres chansons, d’autres musiques et d’autres textes et je découvre un autre aspect de Christian CAMERLYNCK, le comédien-metteur en scène.

***

Le spectacle commence. Sur un coin de la scène, une petite table éclairée, trois acteurs autour d’un grand livre de souvenirs. Je pensais voir un récital et je suis au théâtre.

Christian CAMERLYNCK, chanteur-comédien, donne la dimension de la scène. Selon les moments, il l’occupe en entier. Il est à lui tout seul le volume du bateau espagnol parti pour l’Amérique. dans l’ombre bleutée des nuits de pleine lune quand le vent n’est que brise, sous la lumière bleu pale ; il est à lui tout seul le port du Pacifique, ses couleurs, son bruit, ses odeurs, sous la chaude lumière des projecteurs. A un autre moment, la scène se rétrécit. Elle devient ce trou d’obus, où le soldat de Verdun , terré, broyé, déchiqueté, finit sa vie…. Et là, sous une lumière plombante, les noms s’égrènent Barthélémy Boganda, Walter Sisulu, Présidents Nelson Mandela, Léopold Sédar Senghor, Myriam Makeba, Aminata Traoré, et l’Afrique pillée, écrasée, cultivée, résistante s’anime. L’organisation mondiale s’étale sur la scène et l’auteur interroge : Que vaut la vie ?

Jean Paul ROSEAU, au centre, fait résonner l’instant. La sensibilité en éveil, il accentue l’émotion, y ajoute sa touche. Son piano fait retentir le moment de vie partagé entre les acteurs et le public.

Un air de violoncelle , c’est Renaud FONTANAROSA. Le morceau est pensé pour lui. Son instrument moins sollicité que le piano, accompagne parfois, mais l’homme est toujours là. Ombre discrète, fée du logis, il circule en silence. On l’aperçoit ici, pas très loin du chanteur, là, assis dans un coin ou tout près du pianiste, complice.

Et chacun de ces hommes semble autant au service du spectacle commun qu’au service de la prestation des deux autres. J’ai perçu dans cette soirée une touche de sensibilité féminine. Peut-être était-ce celle d’Isabelle GORDIEN présente aux lumières et à la mise en scène ?

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