Y’a rien qui s’passe

mardi 25 mars 2008
par  Christian LEJOSNE
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Je n’achète plus de CD de chansons depuis des années. J’ai trop besoin de silence, de vide autour de moi pour tenter de recoller les morceaux de mon esprit embrouillé. Pour réfléchir tranquille l’abri du chaos qui m’entoure.

Trop de choses m’envahissent. Comment font tous ces gens croisés dans la rue, l’oreille embuée par les derniers tubes déversés en boucles dans leur casque ? Ou le téléphone coincé sur l’épaule, en direct sur je ne sais quelle urgentissime réalité ? Moi, je suis mono-tâche ! J’ai besoin de me concentrer sur la seule chose importante au monde : celle que je suis en train de réaliser à l’instant présent. Je n’achète plus de CD depuis des années, car je ne les écoute plus. Je viens d’offrir à ma femme un disque pour son anniversaire. C’est pratique une femme, en écriture. Comme Columbo, je lui fais dire ce que je veux. Le contraire de ce que je pense… Chez Leprest (1) – c’est le titre du CD – est un album coup de chapeau que des chanteurs (2) connus d’hier et d’aujourd’hui rendent à cet artiste sauvage, amoureux des mots et de la poésie. Sans doute le plus grand auteur de chansons depuis Brel. Ca me plaît que ces chanteurs aient laissé à son auteur la délicatesse d’y chanter Y’a rien qui s’passe, tant cette chanson symbolise, pour moi, tout Leprest.

Ces derniers temps, je me sens fébrile. Est-ce l’arrivée discrète du printemps ? J’ai envie de bouger, de changer. J’ai envie que ça booste, que tout s’accélère autour de moi. En même temps, je crains la course en avant, le geste compulsif, le trop rempli qui cache la peur du vide. C’est la même chose avec mon chien, vieux et malade. Des sensations s’entrechoquent. Parfois, l’envie d’en finir. Le désir d’un horizon éclairci, d’une légèreté retrouvée. A d’autres moments, une forte volonté de le conserver le plus longtemps possible, de prendre soin de son petit souffle de vie jusqu’au bout, avec l’espoir qu’il dure longtemps. Entre les deux, la culpabilité : être capable de penser sa fin. Elle arrivera bien assez tôt. Dans quel état me laissera-t-elle, d’ailleurs ? Décomposé, liquéfié, vidé, à coup sûr ! Tentatives pour me raisonner : rester calme, vivre au jour le jour. Me satisfaire de l’instant présent, profiter des moments à partager avec lui comme s’il s’agissait chaque fois des tous derniers. C’est justement ça qui fatigue, l’idée que si ça puisse encore durer un an, deux ans ? Supporter les nuits où il me réveille, sa toux qui me remonte dans les tripes, ses demandes permanentes d’être pris dans les bras, la peur de le laisser seul et de le retrouver mort… Un petit vélo pédale en roue libre dans ma tête, à vide. Quel con a dit Y’a rien qui s’passe ? (3)

Dernièrement, j’ai rencontré mon banquier. Je dis ça comme si j’avais un banquier attitré que je rencontrai régulièrement pour faire le point sur l’évolution de ma fortune. Non ! J’avais pris rendez-vous avec un inconnu qui travaille pour la banque où je dépose l’argent que je n’ai pas dépensé. Le but de l’entretien était que je comprenne les conditions d’endettement en vue d’un hypothétique achat immobilier.

Après une heure de discussion où il essaya de me vendre un placement alors que je venais y chercher un prêt, j’avais obtenu suffisamment d’informations pour me permettre de calculer par moi-même, le coût réel d’un endettement. Deux jours plus tard, après avoir rempli des colonnes de chiffres j’avais une idée assez précise du prix maximum qu’il était raisonnable de mettre dans l’achat d’une maison ou un nouvel appartement. J’avais repéré sur des journaux d’annonces immobilières quelques logements correspondants à mes critères. Je m’apprêtais à en faire la tournée quand une idée est venue butter sur mes démarches frénétiques. Jusqu’où étais-je prêt à sacrifier mon présent ? Les calculs financiers et la réalité du marché immobilier montraient qu’il me manquait encore une somme rondelette pour obtenir quelque chose qui ressemble à mes attentes. Pour tenter d’obtenir cela, étais-je prêt à sacrifier beaucoup d’énergie, de temps, d’argent… ? Le jeu en valait-il la chandelle ?

Pour y voir clair et démêler les contradictions qui rythmaient ma vie, j’ai consulté le Yi King, ce grand livre des changements cinq fois millénaire qui nous vient de la Chine ancienne. La méthode est simple : s’installer dans un endroit calme, formuler une question à la première personne, lancer six fois de suite trois pièces de monnaie identiques et noter à chaque fois sur quelle face sont tombées les pièces (pile vaut trois points, face deux). Si le total de chaque lancé est pair, le résultat est yin ; impair, il est yang. Les six tirages composent une figure. Soixante quatre sont possibles. La réponse qui me vint du Yi King était :"Maîtriser l’enthousiasme. Trouver le bon rythme pour canaliser l’exaltation".
Quelqu’un a dit Y’a rien qui s’passe ?

Christian LEJOSNE

(1) CD Tacet L’autre distribution – 2007
(2) Sanseverino, Higelin, Enzo Enzo, Jean Guidoni, Agnès Bihl…
(3) Chanson d’Allain LEPREST


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