Le mot est faible : Race

mardi 3 novembre 2020
par  Paul MASSON
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Dans la collection Le mot est faible,
Sarah Mazouz [1] a écrit Race [2]

Voici les idées-forces que j’ai retenues de cet opuscule de 89 pages.

D’abord une mise au clair : Il n’y a pas de hiérarchie entre les groupes humains, qui pourrait être fondée en nature et reposerait sur une origine manifestée notamment par des différences phénotypiques. (p 24) Les races, au sens où les racistes les entendent n’existent pas. (p50)

Par contre : Les sociétés construisent constamment des hiérarchies raciales. (p50) Même quand elles se définissent comme non racistes, elles continuent à être tributaires de l’histoire raciste. (p 26) la notion de race n’a pas disparu dans les mentalités : elle a survécu en tant que catégorie imaginaire historiquement construite, avec de puissants effets sociaux…

Certains faits, certains jugements ou propos, certaines attitudes ou comportements – même… se voulant laudateurs – sont… des gestes qui assignent racialement celles et ceux sur qui ils portent, c’est à dire qui les réduisent à une seule caractéristique censée être aux yeux de celui ou celle qui catégorise l’unique trait pertinent de leur identité . (p 52)
Pour désigner le processus par lequel un groupe dominant définit un groupe dominé comme étant une race (p 49), elle parle de Racisation. Les discriminations raciales, sont un des résultats de l’assignation racialisante. (p 50)

La question raciale ne se confond pas avec la couleur de peau. L’enjeu est celui du statut social que confère le fait d’être racialisé d’une manière ou d’une autre. (p 40) Les expressions « personnes non blanches » ou « personnes blanches »... [désignent] la position sociale que les unes et les autres occupent en fonction de la manière dont les processus de racialisation opèrent dans un contexte particulier. (p 36)
Pour illustrer son propos, Sarah Mazouz rend compte d’une situation vécue, dans des rapports de travail, entre une subordonnée, agent de catégorie C, blanche et sa supérieur hiérarchique, agent de catégorie A, originaire de Martinique. (p 41) C’est très éclairant. Elle donne également l’exemple, de l’hôpital, où une femme médecin noir, est prise, au mieux, pour une infirmière et souvent pour une femme de ménage...

Sous couvert que nous ne sommes pas dans un pays raciste, laisser le concept de race aux racistes, et ne plus utiliser les concepts de racialisation et de racisation, c’est maintenir le statut quo entre majorité blanche, racée, mais non racisée, porteuse de privilèges par rapport aux minorités racisées. Au nom d’une égalité républicaine abstraite d’uniformisation on ne reconnaît que des individus abstraits et on efface le rôle de l’histoire dans la production de groupes soumis à des traitements … inégalitaires. (p 82).
Critiquer les mots qui permettent de mettre en lumière les logiques de production des hiérarchies raciales dans telle ou telle société donnée (p 48) est une échappatoire pour ne plus avoir à se confronter au fait que les processus de racialisation agissent structurellement dans nos sociétés et neutraliser toute prise de parole minoritaire. (p 81).

On peut lire aussi : Il en a le journaliste !!

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[1sociologue, chargée de recherche au CNRS

[2Race Sarah Mazouz éditions anamosa août 2020


Documents joints

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